Archive for the ‘Innovation’ Category

Capital risque pour entreprenariat social

Thursday, August 17th, 2006

Etumnamboa lit ce blog. Et il cherche des infos sur les offres de type “capital risque” pour les entrepreneurs sociaux. Peut-être avez-vous des infos qui pourraient l’aider dans sa recherche? Des bons tuyaux à partager? Avec son accord, je publie ici notre échange (par mail interposés). Donnez-lui (donnez-nous!) des conseils en laissant un commentaire à la fin de cet article!

Etumnamboa a écrit :

Je suis tombé sur votre blog ce matin en cherchant de l’information sur l’entreprenariat social. Je vois que vous avez bien planché sur le sujet, je suis entrain de travailler sur son adaptation à l’Afrique. Est-ce que vous avez de la documentation ou des liens à me conseiller?

Je lui ai répondu:

Il me semble que ce concept est beaucoup plus développé en Afrique qu’en France. Car les fondations qui financent sous cette étiquette l’utilisent comme une alternative à l’aide au développement traditionnelle.
Ceci dit, je n’ai pas de référence Afrique qui me viennent à l’esprit.
Si j’avais à faire une recherche sur le sujet, j’irais voir les endroits “habituels”: Ashoka, fondation Schwab, fondation Skoll. Il y a en particulier sur ces sites des “success stories” d’entrepreneurs sociaux en Afrique:

Il m’a répondu à son tour:

J’ai effectivement fait le tour de ces divers sites et je viens de terminer l’excellent ouvrage “80 hommes pour changer le monde”, je pensais que vous aviez des études et autres documents qui me seraient passés sous le nez.

Moi:

Désolé, je ne crois pas avoir grand-chose en main. Ou plutôt, j’ai publié sur mon blog à peu près tout ce que j’ai lu sur le sujet.

Lui:

C’est plus une approche Capital risque pour entrepreneur social qui m’intéresse, si vous avez des ressources je suis preneur.

Moi:

Ca me fait penser qu’il y a peut-être des choses bien à prendre du côté des offres de financement alternatif comme les CIGALES par exemple. Du côté financement public, il y a maintenant l’AVISE qui essaie aussi de faire des choses. Pour certains entrepreneurs sociaux français, il y a aussi l’ADIE. Pour l’Afrique, un bon partenaire pour mettre des choses en place, c’est peut-être le Crédit Mutuel? Sinon, il y a certainement des solutions de micro-financement en place. Mais ce n’est pas forcément adapté à de l’entreprenariat social à forte croissance/gros financement, si c’est ce que tu cherches.

Lui:

En passant je vis dans l’hexagone.

Moi:

Du côté de la région parisienne? Si oui, on pourrait se voir pour déjeuner ensemble un de ces 4, dans le Sud ou l’Ouest de la RP.

Open innovation

Monday, July 24th, 2006

Here are two interesting CNet articles about :

Fabriquer le futur

Wednesday, April 19th, 2006

La semaine dernière, j’ai entraperçu le futur en train de se fabriquer dans un restau chinois de Massy. En effet, j’ai eu le plaisir de déjeuner avec Eric Seulliet, l’auteur du livre “Fabriquer le Futur”. Nous avons parlé ensemble innovation ascendante, innovation open source, do-it-yourself innovation ou mouvement Pro/Am (pour Professionals/Amateurs), selon le terme que l’on emploie, pour des concepts qui se recouvrent plus ou moins bien. Réflexions en vrac, suite à ce déjeuner:

De la place de la créativité dans l’innovation privée:

En fait, quelques jours après qu’Eric Seulliet a pris contact avec moi, j’ai reçu un mail du service documentaire de notre centre de recherche qui m’informait que son bouquin venait d’arriver chez nous, à la demande d’un collègue. Je vais voir le collègue: “un peu trop loin de mon quotidien pour moi, je cherchais plutôt un bouquin sur ‘comment rendre mes équipes plus créatives’”, me dit-il en me le passant. C’est vrai que le premier chapitre est très académique: la place de l’imaginaire dans l’innovation. Dans le service R&D où je travaille, dans une grosse boîte high-tech privée, la place de l’imaginaire est curieuse: elle est à la fois inexistante officiellement (on n’y fait jamais référence, ça ne fait ni sérieux, ni gérable) et omniprésente (références permanentes à l’idée que l’on se fait de la concurrence, aux success stories de l’Internet et aux images du futur que l’on se renvoie de labo en labo à travers nos projets). L’imaginaire est implicite ici-bas. On osera parle plutôt parler de créativité (en termes de… combien de propositions de brevets as-tu produites cette année?) sans référence explicite à ce qui la sous-tend: imaginaire, croyances…

Pour revenir au bouquin, j’ai bien aimé un témoignage du troisième chapitre, sur lequel a plus particulièrement travaillé Eric Seulliet. Il s’agit de l’interview d’un consultant qui explique que la difficulté pour les entreprises innovantes n’est pas de manager la technologie nouvelle mais de manager la personnalité de ses créatifs. J’ai bien rigolé en lisant ça, en pensant à des réflexions de certains anciens collègues: “tu es parfois ingérable…”, “un peu difficile à contrôler…”. Amusant quand on entend tant d’entreprises clamer qu’elles cherchent des “intrapreneurs” capable de prendre des initiatives. Là aussi, il y a un imaginaire (”les entreprises modernes aiment les créatifs”) et une réalité qui n’est pas forcément en phase (”zut alors, comment bien gérer des preneurs d’initiative?”). Il n’y a qu’à voir les processus de recrutement d’informaticiens: on recrute des clones pour profiter d’armées de clones à faire du SAP et du J2EE, pas des créateurs de technologie et encore moins des créateurs d’innovation. Dur, dur, de ne pas se retrouver dans un “métier à la con” comme me le fait remarquer un contributeur à ce blog.

De l’innovation open source et du développement durable

En déjeunant ensemble, j’ai pu observé un phénomène étrange: les gens qui aiment l’innovation ascendante aiment généralement le développement durable et peut-être vice-versa. C’est une généralité un peu bête mais, en première approximation, qui m’a l’air assez vraie. L’une des raisons pour lesquelles Eric Seulliet m’a rencontré, c’est que je prétends parfois m’intéresser au “développement durable”, à l’”associatif”, à l’”économie sociale”… “tu devrais faire dans l’humanitaire” me dit-on parfois pour me taquiner. Le directeur telecoms de la multinationale industrielle dans laquelle je bossais jusqu’à l’an dernier ne m’avait-il pas dit lui-même “linux, c’est bon pour les lanceurs de pavé des sommets altermondialistes”. Il est parti à la retraite, depuis… Et l’open source envahit l’entreprise.

Plus sérieusement, pourquoi y a-t-il une corrélation entre open source et altruisme? Innovation ascendante et développement durable, c’est le rendez-vous des rêveurs et des utopistes? Ou bien c’est quelque chose qui peut s’ancrer dans la réalité et nourrir des entreprises et des emplois? Pour faire plus sérieux, plus économique et efficace, ne devrait-on pas au moins essayer de gérer prudemment cette corrélation ou moins de rester humble et d’éviter d’en parler trop? Pas mal d’acteurs économiques de l’open source (sociétés de services autour des logiciels libres) prennent leur distance vis-à-vis des idéologies libertaires ou au moins altruistes que semblent véhiculer les communautés open source. Moi-même, j’ai du mal avec le côté nanar (anarchiste) même si je suis très attaché aux valeurs de partage et de don… Alors quoi? un modèle économique peut-il être en soi porteur de valeurs morales? L’éthique et l’économique ça va ensemble? J’aimerais bien répondre oui. Tant qu’on en est au discours et à la théorie, pas de problème. Mais quand on en arrive à se poser la question “comment faire du développement durable à grande échelle (avec du profit et des moyens financiers) avec de l’innovation ascendante?” il est plus dur de trouver des réponses concrètes. Et quand on rêve à convaincre une multinationale de la possibilité de faire du business avec de l’open source et dans une optique d’entreprenariat social ou de développement durable, on retombe facilement dans l’utopie ou la quête chevaleresque…

De l’odeur et du goût du futur

Dans une grosse boîte privée innovante, pour obtenir des budgets de recherche, l’odeur et le goût d’un projet ont leur importance. En effet, pour obtenir un financement spécial, il faut convaincre que le projet présenté a l’odeur de l’argent et le moins possible le goût du risque. Pas assez profitable ou un tout petit trop risqué et ce n’est pas un projet qui sera retenu. Etant donné qu’on ne peut parfois pas faire grand chose aux aspects risques, il faut souvent que “ça pue le fric”. D’où l’intérêt des machines à retransmettre les odeurs à travers l’Internet (cf. France Telecom par exemple): vous branchez le bidule sur votre PC, vous affichez le descriptif d’un bon projet de R&D et, hop, vous sentez une bonne odeur de blé et d’oseille envahir votre bureau… OK. Le problème, c’est que tout ce qui sent le fric n’est pas profitable. Et l’imaginaire des nez des grandes entreprises est empreint de subjectivité: dur d’anticiper le profit. Morale de l’histoire: on ne peut financer que ce qui pue tellement le fric qu’on ne peut plus se boucher les narines. Je caricature pour le plaisir, certes. Mais tout de même, quelle place pour le développement durable dans tout ça? Le credo du développement durable, c’est de dire que le profit sera triple: pas seulement économique mais également environnemental et social. Alors pour favoriser le financement privé de projet teintés D.D., il faudra sans doute d’abord éduquer le nez et l’imaginaire des entreprises. C’est quoi un projet qui pue le triple profit du DD? Vous sauriez anticiper la profitabilité de tels projets? Pas facile…
Quant au financement de l’innovation open source/innovation ascendante, là il me manque encore des clefs et il faut que je finisse de lire le bouquin de Philippe Aigrain, Cause Commune, pour espérer imaginer de bonnes réponses.

Entrer en bourse, frein ou catalyseur pour l’innovation ?

Thursday, April 13th, 2006

Quelles sont les sociétés les plus à même de faire preuve d’innovation? Les sociétés à capital privé (non côtées) ou celles présentes en bourse? Le Journal du Net rapporte quelques témoignages à ce sujet.

Même après avoir lu cet article sans parti pris, je reste persuadé que l’entrée en bourse, tout en favorisant le développement (quantitatif) de l’entreprise freine fortement sa capacité à innover.

Innovating on usages

Monday, March 27th, 2006

Innovation usually focuses on bringing new features to markets through “innovative” products or services invented by technology researchers and blessed by business managers. “Innovative” usages are rarely planned or expected even though the previous “next big things in the Internet” (Web, P2P, blogs, …) went big because of emergent usage dynamics rather than of “innovative” products or services pushed to markets. Usage innovations has been one big credo at the FING (a French think tank dedicated to Internet technologies) for quite a long time. They now mention this nice France Telecom R&D article that summarizes how usage innovation differs from product innovation and why applied research should focus on usage innovation. Here is my attempt at translating and paraphrasing some of the nicer bits found in this article:

If innovators don’t focus on they innovation efforts on usage first, their inventions then face the following risks :

  • Technical risks: offering features that do not address real needs or remain incompatible with other systems, networks, protocols or interactions and are then not used; or those only features that will be used face a risk of rapid obsolescence and over-serving features will slow any update process
  • Economic risks: making clients pay for mandatory additional features whereas the price for addressing real needs would be lower; clients will then see a low value for their own use (10 to 20% only of all features are useful to them while 80% remain hidden and latent…)
  • Human factors risks: difficulties will appear in the use and the representation of the product and services, users won’t be able to anticiapte work around “wrong uses” of the product and will not accept product limitations; users will rely on some “hot line” to learn how to use product or service, will make frequent calls or ask for refund but expected uses are not fulfilled.
  • Social risks: product or service may be massively rejected, retracted from market, distrustful or disinforming campaign may arise, investigations about bad impact on health or environment may be launched; this would lead to delays in the distribution of the product, needs for reorganization to answer arising needs or market pressures or major bad impact for corporate brands
  • Combined risks: risk of significant overhead for the user in terms of technology, usage, service adoption, need for skills or knowledge, price to pay for the tool to be really adopted; risk of dividing even more the ones who know and can profit from the offering to those who can’t; reducing the market impact

Those risks are not addressed by the current inventor habits for product innovation because those are specific to the field of expertise of researchers whereas usage risks emerge from the combination of these fields into a single complex offering once it is brought to the market. It is difficult to combine discipline-specific predictions related to usage because they are scattered among siloed scientific disciplines.

  • Technology researchers focus on solving tough technical problems and give answers to such questions as “How and why it works”, supported by demonstration of technical capabilities and technical benchmarks. They can predict the level of disruptiveness of this new technology in terms of new capabilities and features offered to users and can anticipate how well this new piece of technology compare to the current state-of-the-art in terms of features and performance.
  • Social researchers, supported by interviews and observations, may answer users questions such as “what is it useful to? how could it be useful to me?”. They predict the level of disruptiveness this piece of new technology will bring to user habits, how well (or bad) this technology complies with the current user habits and usage. They advocate the anticipation of emergent usages.
  • Human factors researchers perform field trials and in-lab tests. They focus on user questions such as “how does one use it? can I use it or not?”. They anticipate how this invention will conform to the representation users have of similar products or services and can predict their needs for support.
  • Economist researchers will answer “how much does it cost to users? how much profit would users expect from it?” and use total cost of owernship analysis and niche market analysis. They can anticipate such users decisions as deciding to wait before getting equipped or as deciding to renew one’s equipment.

It is difficult to anticipate and address risks emerging with usages. It is even more difficult to invent usages. Is it even possible? Maybe with the use of early simulation and rapid prototyping such as this article seems to sugges? I lost myself while reading the rest of this nice France Telecom R&D articles. And I yet have to be convinced that corporations such as France Telecom would be able to innovate through usages.

Innovation et secteur public

Monday, January 30th, 2006

Dave Pollard, consultation en gestion de l’innovation, propose une cartographie des gisements d’innovation pour des organisations du secteur public (via Gilles en vrac). De quoi générer des innovations Internet d’utilité publique ?

Que penser de l’entrepreneuriat social ?

Monday, January 9th, 2006

Le “social entrepreneurship” (entrepreneuriat social/entreprenariat social) est un concept d’origine anglo-saxonne qui a bien du mal à prendre racine en France. L’idée est d’utiliser les forces du marché pour rendre le monde meilleur, de créer des entreprises lucratives dont l’activité économique a été conçue de manière à résoudre une problématique sociale voire humanitaire. Faire de l’entreprise un outil pour changer le monde. Sympa, non ?

L’exemple le plus connu est celui des entreprises de microcrédit, à l’image de la Grameen Bank de Mohamed Yunus, pionnier en la matière depuis les années 1970. La Grameen Bank s’est développée en offrant des prêts de quelques dollars à des paysans du Bangladesh pour qu’ils investissent dans une charette pour vendre à meilleur prix leurs légumes au marché du gros village voisin plutôt que d’être coincé dans leur petit bled où les “bons clients” ne se rendent pas. (Excusez le raccourci un peu caricatural !) Jusqu’alors, les banques refusaient de gérer des prêts aussi petits (trop de coûts administratifs) et des emprunteurs aussi peu fiables (comment gérer le risque de non-remboursement). Aujourd’hui, l’entreprenariat social est bien loin de se limiter aux activités bancaires en milieu rural mais touche tous les secteurs économiques, de la santé aux télécommunications en passant par l’énergie et le traitement de l’eau. De nombreux sites, livres et podcasts témoignent de l’aventure des entrepreneurs sociaux.

Le principe économique de base qui permet ce genre d’activités me semble être celui des innovations de rupture visant des non-consommateurs. Telle que présentée par Clayton Christensen, le principe est le suivant. Sur un marché donné, il y a des barrières à l’entrée pour les consommateurs : le produit est trop compliqué à consommer, le prix d’entrée de gamme est trop élevée pour le pouvoir d’achat, etc. Un innovateur introduit un nouveau produit qui lève cette barrière à l’entrée. Il propose par exemple une offre “à bas coût” qui repose par exemple sur une forte informatisation des process administratifs sous-jacents. Ce faisant, il permet à des (ex-) non-consommateurs d’accéder à ce marché. Il élargit donc considérablement celui-ci et vient concurrencer “par le bas” les sociétés déjà établies sur ce marché. Celles-ci rechignent souvent à lutter contre cette nouvelle concurrence car elle se font plus de marge sur le haut de gamme (auprès de leurs “bons clients”). Ce faisant, elles laissent se développer l’innovateur sans s’en préoccuper outre mesure. Pourtant, c’est bien souvent ce genre d’innovation qui peut ensuite conquérir l’ensemble du marché en question. Elle accule alors les offreurs classiques dans un haut de gamme dont la qualité dépasse déjà largement les attentes du marché alors que le produit innovant a progressé au point d’être “sufisamment bon” pour la plus grosse part de ce marché (”le mieux est l’ennemi du bien”).

Plus simplement, comme me le résumait le dirigeant d’un cabinet de conseil humaniste (ou était-ce le dirigeant humaniste d’un cabinet de conseil ?), il s’agirait de vendre à des pauvres des petits pois à l’unité plutôt qu’en boîte de 1 kg. Il y a un peu de ça. Et il est vrai qu’un livre de référence sur le sujet s’intitule “The Fortune at the Bottom of the Pyramid“. L’idée est que notre société est une pyramide à la base de laquelle vit une très large masse de personnes n’ayant qu’un pouvoir d’achat extrêmement faible mais dont la masse totale représente une source de revenus non négligeable pour les entreprises.

Alors, que faut-il penser de cela ? S’agit-il :

  • d’un alibi cynique pour une nouvelle forme de consommation de masse ?
  • d’un concept “à l’américaine” qui n’a pas de validité en Europe ?
  • d’une forme d’entreprenariat réservée aux pays du Tiers Monde ?
  • d’un phénomène économique récurrent que l’on veut faire passer pour une révolution de nos sociétés ?
  • d’un non-phénomène capturé par des journalistes en mal d’effet de mode ?
  • d’une nouvelle manière de profiter de la pauvreté sous couvert d’oeuvre caritative ?
  • d’un levier capitaliste pour changer le monde (en mieux) là où les utopies politiques ont échoué ?

Il y a sans doute un peu de tout cela, mais un peu seulement.

De mon point de vue, il s’agit d’un phénomène économique connu (les innovations ouvrant de nouveaux marchés de consommation de masse) mais qui prend un caractère nouveau lorsqu’il atteint des populations extrêmement nombreuses et extrêmement pauvres. Ce phénomène est alors exploité par des pionniers humanistes qui profitent des forces du marché pour satisfaire leurs idéaux de changement social (ce qui me semble une chose extrêmement bonne !).

Les choses deviendront peut-être plus discutables lorsque l’ère des pionniers sera dépassée et que “les grandes entreprises” seront les premières à investir sur “la vente de petits pois à l’unité”. Elles se présenteront sans doute alors comme motivées par la même volonté de changement humaniste et cette motivation sera justement mise en doute. Mais ce sera sans doute très bien d’en être arrivés là car cela signifiera que le monde économique a dans l’idée que “les pauvres” ont de la valeur… ne serait-ce que dans leur petit portefeuille ! Et vaut-il mieux manger un petit pois vendu à l’unité par une multinationale ou bien mourir de faim car la boîte de petit pois est hors de prix ?

Bref, ce que j’en retiens, c’est que celui qui veut rendre le monde meilleur dispose d’un moyen efficace pour le faire : innover “par le bas” et entreprendre pour vendre à bas coût des produits et services aux plus pauvres qui n’y avaient jusque là pas accès. Bien sûr, l’entrepreneur social peut aller encore plus loin. Il peut par exemple adopter les principes de l’économie de communion pour rendre son entreprise plus résiliente, plus résistante aux crises économiques car ancrée dans une forte solidarité avec ses clients, fournisseurs, employés et investisseurs.

Et chez nous ? La première question qui me vient à l’esprit c’est que, en France, nous n’avons peut-être pas assez de pauvres pour que l’entreprenariat social soit encore vraiment rentable. (Ceux d’entre vous qui n’avaient pas encore vomi en lisant les paragraphes ci-dessus s’y sont peut-être mis ou bien se contentent de s’arracher les cheveux en lisant la phrase précédente. Vous me direz. Mais bon, franchement, si ce n’est pas cela…) Ou peut-être est-ce plutôt notre déficit d’esprit entreprenarial ? Ou le “retard français” en matière de nouvelles technologies ? Ou les effets de Tchernobyl ?… Ou parce que le chapitre français d’Ashoka n’a pas fini de lever son budget d’1,5 millions d’Euros pour identifier les entrepreneurs sociaux français ? La vaste majorité des entrepreneurs sociaux cités en exemple par les fondations et auteurs spécialisés viennent des pays du tiers monde. Certes, il y a bien quelques entrepreneurs sociaux américains… Mais rien en Europe de l’Ouest. Et peut-on encore parler d’entreprenariat social lorsqu’il s’agit simplement d’appliquer au monde associatif un mode de gestion issu de l’entreprise, à la manière du management associatif moderne ?

Qu’en pensez-vous ? Séduits par le concept ? Méfiants ? Enthousiastes ? Critiques ?

A la recherche des Innovations Internet d’Utilité Publique

Wednesday, September 7th, 2005

Cet été, j’ai exploré avec plusieurs d’entre vous la jungle de l’innovation, de l’Internet et des projets d’utilité publique. A l’intersection de ces trois domaines, mon expédition visait à identifier des innovations Internet répondant à des enjeux d’utilité publique.

Intersection de 3 secteurs

Avant de vous raconter cette expérience et de vous inviter à la poursuivre via ce blog, laissez-moi vous dresser le tableau avec quelques définitions préalables :

  • Innovation : cf. qu’est-ce que l’innovation ? pour ma compréhension du sujet ; l’innovation relève pour moi d’une démarche de recherche entreprenariale.
  • Internet : pas de doute, on sait ce que c’est ; mais pour être plus précis, mon intérêt est centré sur les technologies de gestion/traitement des connaissances issues de l’Internet (web sémantique, data mining, personnalisation, technologies pour le knowledge management) et les technologies Internet de mise en relation (social software), bref partout où il y a du lien, de la complexité et des réseaux relationnels (entre concepts, personnes, objets)
  • Enjeux d’utilité publique, intérêt général : le champ est large et couvre aussi bien le monde associatif, le secteur public et l’économie sociale que des services Internet dont on aurait aujourd’hui du mal à se passer (Google est-il devenu un service d’utilité publique ?) ; mon intérêt est plus particulièrement centré sur le développement local.

Cet été, j’ai donc profité de quelques semaines de mes vacances pour explorer cette terra incognita, avec certaines questions en tête. Peut-on profiter des techniques issues de l’Internet pour changer de manière durable (innover) la société (utilité publique) ? Qui en parle et qui en fait ? Que faire (en tant que bénévole ou professionnel) pour contribuer à de telles innovations ? De rencontre en recontre, les questions se sont accumulées : les “innovations Internet d’utilité publique” (IIUP pour les intimes), est-ce que ça existe vraiment ? IIUP = OVNI ? qu’est-ce que c’est précisément ? On trouve assez facilement des exemples d’IIUP relevant de bricolages bénévoles de haute qualité mais cantonnés au monde du bénévolat et de l’amateurisme à petite échelle ; peut-on faire de l’innovation Internet d’utilité publique à grande échelle et avec des moyens vraiment conséquents ?

Voici donc le récit de nos rencontres (je change vos prénoms par anonymat de politesse…).

Chez un gros éditeur logiciel américain, Benoît, directeur commercial a la gentillesse de me recevoir. C’est l’un de mes anciens fournisseurs, avec qui je garde un bon contact. Bon, franchement, les IIUPs, ça le laisse un peu sec. Mais pour lui, pas de doute, il faut regarder du côté de l’Agence pour le Développement de l’Administration Electronique afin de repérer des projets innovants de grande ampleur. La Feuille d’impôt via Internet change-t-elle la société ? Mmm… Benoît m’avoue que, franchement, lui ne se voit que comme un vendeur de plomberie. A la limite, ce pourrait être ses clients qui pourraient faire des choses innovantes avec les logiciels qu’il leur vend. Il pense que l’un de ses collègues pourra peut-être me donner des pistes plus précises car il vend pas mal auprès du secteur public.

La jungle semble bien inextricable dans la région du commerce informatique professionnel : de la techno, certes mais peu ou pas d’innovation et, comme on peut s’y attendre, une absence totale d’utilité publique. Je dois mieux cibler mon approche.

Jean-Louis, vieux loup de l’associatif et du développement local et directeur d’un cabinet de conseil en conduite du changement, me reçoit avec sa générosité habituelle et m’invite dans sa brasserie préférée. Miam. Ma démarche le déconcerte peut-être un peu mais qu’à cela ne tienne, il m’accorde une attention toute perspicace. Il me parle des tentatives d’une grosse ONG française pour approcher les grandes entreprises sur des projets de type IIUP. Il me parle aussi du projet Digital Bridge d’Alcatel. Mais il me met également en garde contre l’auto-enfermement qui me guette si je me concentre sur la techno et les théories plutôt que sur la richesse de mon prochain, contre le mirage de la toute-puissante technologie qui cache l’homme et contre la méfiance voire le dégoût que la plupart des vieux loups du monde associatif conservent vis-à-vis de l’économique et du monde de l’entreprise. Pour me préserver de perdre contact avec mon prochain, il me prescrit la lecture de Simone Weil. Pour poursuivre mon exploration et découvrir des IIUPs, il me recommande de suivre la piste de la (petite) équipe Digital Bridge d’Alcatel.

Je ne suis pas encore passé à la pharmacie bibliothèque mais j’ai déjà compris que je tenais avec Alcatel une piste fragile mais prometteuse. Y a-t-il quelqu’un d’Alcatel dans la salle ? Poursuivons notre exploration.

Philippe est un entrepreneur aguerri dans le terrain du knowledge management. Innovation et KM ça le connaît. En plus, il a des projets plein la tête. Distribuer de la connaissance médicale “prête à l’emploi” à des médecins africains, ça fait longtemps qu’il y pense et qu’il s’y prépare ! Problème… Philippe est préoccupé par de gros soucis avec ses nouveaux associés.

Ce n’est pas le moment pour explorer avec lui plus avant la jungle des IIUPs. Il faut d’abord qu’il se rassure sur son gagne-pain. Ce n’est que partie remise.

J’avais rencontré Daniel dans un cadre associatif. Elu local en province, c’est par téléphone que nous nous entretenons. Il maîtrise parfaitement le sujet des projets coopératifs d’innovation locale grâce aux technologies Internet. Mais la dimension entreprenariale des innovations Internet d’Utilité Publique lui est étrangère. Pas de doute pour lui, l’intersection de l’utilité publique et de la technologie Internet grouille d’initiatives associatives locales, fourmille de projets d’espaces publics numériques, de sites Web citoyens, d’îles sans fils. Mais de là à parler de démarche économique ou de social entrepreneurship, c’est un pas que nous ne franchirons pas ensemble par téléphone. Pour lui, la bonne piste à suivre (si piste il y a), c’est sans doute celle de la FING. Ou peut-être à la limite de France Telecom, mais bon… avec peu d’espoir de succès.

Mmm… La FING, bien sûr, c’est facile. France Telecom, ça m’étonnerait, mais il faudra bien de toute manière explorer cette piste confuse, trompeuse et difficile. Mais par où la commencer.

A la FING, c’est naturellement vers Fabien que je me tourne. Fabien est une sorte de consultant comme on en recontre peu. Il connaît l’économie sociale comme sa poche. Il maîtrise l’Internet comme pas deux. Et les innovateurs, c’est son coeur de métier. Pour couronner le tout, c’est un copain à moi. Bref, l’interlocuteur idéal. Les Innovations Internet d’Utilité Publique, il en rêve. Il regrette les faibles moyens qui sont mobilisés sur ce sujet. Il n’est pas encore très au fait de la mode américaine du social entrepreneurship : mettre la force économique au service d’innovations d’intérêt général. Sans parler d’économie de communion. Mais il pense que c’est une piste qui a du sens. Peut-être ne découvrirais-je pas d’Eldorado des IIUPs mais ça ne l’étonnerait pas qu’un jour… quelqu’un comme vous, lui ou moi contribue à en construire. Il m’aide donc à cibler au mieux la poursuite de mon exploration, me suggère de vous raconter toutes mes découvertes sur mon blog et m’ouvre tout son carnet d’adresse (qui est sans fond, j’en témoigne).

Il m’introduit notamment auprès de son boss, Daniel et auprès de Claude (France Télécom). Il me semble qu’on avance ! Merci !

Daniel, consultant expérimenté en innovation publique et grand chef de la FING, se révèle également d’une grande sensibilité à l’intérêt de ma quête des IIUPs. Il y contribue à son tour en me recommandant auprès de responsables de l’innovation de plusieurs de nos vénérables institutions publiques françaises. Pour lui, les acteurs les mieux placés pour mener des IIUPs sont sans aucun doute les collectivités territoriales. L’Etat a-t-il encore vraiment les moyens de mener de telles innovations à grande ampleur ?

Il faut poursuivre dans ce sens. Chemin faisant, les contacts et les pistes se multiplient mais je sens que j’avance dans la bonne direction. Je sais déjà que je ne suis pas le seul à croire à la possibilité de changements sociétaux de belle ampleur et motorisés par des technologies issues de l’Internet. Les IIUPs ne sont pas des OVNIs (“je veux y croire” en tout cas). Allez, en avant…

C’est dans la jungle du RER que je tombe sur mon étape suivante : j’y reconnais Xavier. Je l’avais rencontré sur recommendation d’un très bon ami à une époque où je m’intéressais au rôle des ingénieurs dans le secteur public. Si je ne me trompe pas, il doit en connaître un rayon sur les innovations dans le secteur public. Pour peu qu’il s’intéresse à l’Internet… Je l’aborde et lui demande ce qu’il devient. Surprise : il dirige justement des recherches sur le knowledge management pour un grand ministère ! Double-surprise, un ministère s’intéresse au knowledge management à tel point qu’il finance des projets de recherche sur le sujet ! Xavier m’accorde donc un bon morceau d’après-midi pour que nous partageions nos passions communes et notre intérêt pour les innovations Internet d’utilité publique. J’y découvre comment les techniques de représentation des connaissances pourraient être utilisées pour formaliser l’expertise métier contenu traditionnellement dans les énomes annexes techniques des plus gros appels d’offres publics. J’imagine le champ des applications : aide au dépouillage des réponses à des appels d’offres complexes, contrôle semi-automatisé de la conformité des livrables des appels d’offres, formation des nouveaux ingénieurs du secteur public, etc. Comme pour de nombreux autres business, les métiers traditionnels de l’Etat peuvent avoir à gagner à mieux gérer leurs connaissances. J’y apprends également l’existence de projets d’universités en ligne ouvertes dont l’un des objectifs est de démocratiser l’accès à la connaissance par la mise en commun de contenus pédagogiques d’intérêt public. L’université de Phoenix, leader privé de l’enseignement en ligne, sera-t-elle un jour concurrencé par des services publics européens d’enseignement en ligne pour ingénieurs par exemple ? De tels projets se préparent mais n’en sont qu’à l’état larvaire semble-t-il. Et, encore une fois, ils semblent s’appuyer davantage sur du bénévolat et l’(in)attention bienveillante de l’Etat que sur une démarche volontaire d’innovation durable et économiquement viable. Comment aller plus loin ?

Il est temps de suivre les pistes repérées précédemment. Comment ça se passe du côté des collectivités locales ?

Alain dirige les projets “nouvelles technologies” d’un conseil général rural . Alain, l’un de mes anciens clients, a un profil rare : c’est un ancien entrepreneur reconverti au secteur public. L’économique, il sait ce que c’est. La techno, ça le fait vibrer. Et le secteur public, il y consacre sa vie professionnelle. Il me confirme immédiatement que ce sont les collectivités territoriales qui sont les plus susceptibles d’être innovantes en matière de nouvelles technologies (comparées à l’Etat). Ceci s’explique notamment parce qu’elles ont une pression (électorale) beaucoup plus immédiate et des enjeux plus concrets à traiter. Cependant, les budgets ne suivent pas forcément les augmentations de responsabilité (et d’effectifs). Pour Alain, les facteurs clefs de succès pour un conseil général qui veut mener à bien des projets numériques sont le fait de pouvoir s’appuyer sur des grosses communes, de savoir gérer des relations multi-partenaires et de savoir faire face à l’usager-client. Alain se prend à rêver avec moi aux départements qui lui semblent avoir les plus beaux challenges à relever (et les plus importants moyens ? ) en matière de nouvelles technos pour mener des innovations d’utilité publique : le 93 et le 59. En administration centrale, c’est peut-être le ministère des finances qui est l’administration la plus intéressante de son point de vue. Mais bon, personnellement, je ne me sens pas vibrer devant une feuille d’impôt fut-elle électronique. OK, c’est utile. Et c’est innovant. Un peu. Un tout petit peu, à mon avis. Mais je suis exigeant en la matière. Alain m’indique quelques références de consultants spécialisés sur son domaine. Mais j’ai déjà renoncé à trouver des consultants porteurs d’innovation. Le métier du conseil consiste trop souvent à limiter au maximum les risques (du consultant et, parfois du client) et à resservir le plus grand nombre de fois les mêmes recettes et ce, le plus cher possible. Le métier du conseil, c’est de comprendre le client, pas de prendre des risques à sa place. Confirmant les indications de Daniel de la FING, Alain me recommande de me raprocher de la Caisse des Dépôts : au croisement de l’économique et des collectivités locales, la CDC doit avoir une vue privilégiée des innovations Internet d’utilité publique auxquelles nous rêvons.

Sur ces bons conseils, je me taille donc un chemin jusqu’à la caisse des dépôts. J’y découvre une équipe dédiée à l’innovation au service des collectivités locales et des usagers des services publics. Ai-je enfin découvert l’eldorado des innovations Internet d’utilité publique ? Peut-être en partie. On y parle investissement raisonné dans de nouvelles offres de services publics économiquement rationnelles voire profitables à long terme. Comme souvent, les premiers sujets explorés ont été les infrastructures : espaces publics numériques pour l’accès du public à l’Internet dans des lieux publics, et depuis quelques années infrastructures réseaux et alternatives aux offres de l’”opérateur historique” (il faudra que je finisse par aller le voir, celui-là aussi…). Mais on parle aussi de service public en ligne personnalisé, de cartable numérique et autres grands projets d’utilité publique. Et les moyens mobilisés dans la Caisse des Dépôts semblent bien réels, au moins en terme de personnel. Bien sûr, la caisse n’a pas une culture d’innovation façon Silicon Valley ! Mais se pourrait-il qu’au sein d’une si vénérable et rhumatisante structure susbiste une petite équipe d’irréductibles innovateurs ? Se pourrait-il que tous ces projets d’innovation réussissent à éviter les écueils des clientélismes politiques et des échéances électorales tout en restant axés sur de véritables enjeux d’utilité publique ? Ce serait tellement bien si c’était vrai… Ce n’est pas ce premier entretien qui me permettra de me faire une idée définitive sur la question. En tout cas, j’ai encore une fois obtenu la confirmation qu’il existe des projets Internet d’utilité publique menés par des acteurs sérieux et y mobilisant des moyens importants en argent et en compétence. Bonne nouvelle pour les collectivités ! Par contre, on est dans le registre du gros projet structurel davantage que dans la bidouille agile et productrice de ruptures sociales et économiques profitables. On est dans le raisonnable et dans le planifié, pourriez-vous me dire : on ne change pas la société avec de la techno ? Quoique, il faut bien la changer avec quelque chose, non ? Ou bien, à tout le moins, les projets les plus innovants menés par la Caisse des Dépôts (cartables numériques, …) sont encore loin d’avoir fait leurs preuves. Et ces preuves ne semblent attendues qu’à long terme. De la Caisse des Dépôts à la startup, il y a une différence, non ? OK.

Bonne pioche avec la caisse des dépôts. Cette étape de ma recherche a été fructueuse en renseignements et en prises de contact. Voila une équipe centrée sur les innovations Internet d’utilité publique, pas de doute, même si l’approche adoptée semble bien loin du social entrepreneurship d’une part, de la garage company d’autre part. Mais il ne faut pas s’en étonner, on reste dans le domaine du financement de projets du secteur public.

Et l’opérateur historique, alors ? Fabien m’a mis en contact avec Pierre. Pierre, chercheur et entrepreneur dans l’âme, connaît par coeur France Telecom pour y travailler depuis longtemps déjà. Pierre m’accueille chaleureusement au centre de recherche de France Telecom et me met immédiatement au parfum : faut pas rêver, c’est pas chez FT qu’on trouvera de l’innovation Internet d’utilité publique. D’ailleurs, d’après lui, la rumeur est exacte : on n’y trouvera pas d’innovation tout court. FT a un beefsteak à défendre et il se passera encore longtemps avant que FT ne se retrouve en situation tellement concurrentielle qu’il sera forcé à innover pour conquérir de nouveaux marchés. Le trait est sans doute un peu forcé mais à peine. Et, bureaucratie faisant, ce n’est pas un environnement propice à l’innovation. Mais alors, pourquoi ces observations ne s’appliqueraient pas également à la caisse des dépôts ? En appliquant mes observations de la caisse des dépôts, et en étant optimiste, on peut au mieux imaginer qu’il existe chez FT quelques écosystèmes de niche internes au sein desquelles susbsitent des équipes mobilisant des moyens importants pour construire et commercialiser des offres de services nouvelles et répondant à des besoins d’acteurs publics ou de véritables attentes sociales ?

Pierre a en tout cas achevé de me décourager à chercher dans l’immédiat des pistes d’IIUPs chez France Telecom. Au contraire, il me donne généreusement de nombreuses pistes pertinentes à explorer dans son carnet d’adresses.

Une de mes anciennes collègues de travail m’avait fait découvrir l’économie de communion. A l’occasion d’une conférence sur ce thème, je rencontre la directrice d’un groupe agro-alimentaire. Celle-ci cherche maintenant à mettre ses compétences managériales et entreprenariales au service d’enjeux d’utilité publique, sur des thématiques de développement durable. Peu familière de l’univers des nouvelles technologies, elle m’invite cependant à rencontre Bernard un business angel qui cherche à répondre à des problématiques d’utilité publique par les outils du financement et de l’accompagnement de petites entreprises. Celui-ci évoque avec moi quelques projets sur lesquels il travaille. Il se révèle l’une des rares personnes rencontrées qui se situe à l’exact croisement des démarches d’innovation et de réponse à des enjeux d’utilité publique, plus particulièrement environnementales. Il me prouve, si cela était nécessaire, que les acteurs du secteur public sont bien loin d’avoir le monopole des innovations d’utilité publique. Nous évoquons ce en quoi l’Internet pourrait être utile pour de tels projets : du plus utopique avec la commercialisation de services en lignes de médiation appliqués au développement local jusqu’au plus prosaïque avec celle de services en ligne d’information sur la qualité de l’environnement dans les grandes villes françaises. Bernard semble un pont rare entre pur entreprenariat et économie sociale. Il serait sans doute une aide précieuse pour les social entrepreneurs qui émergeront un jour sur les marchés français.

Je ne peux terminer cette expédition estivale sans prendre le temps d’appeler mon pote Jean-Paul. Jean-Paul, ancien directeur d’association est aujoud’hui consultant Internet expérimenté auprès de collectivités locales et du tiers secteur. Il m’explique pourquoi son projet de création d’entreprise d’insertion par les nouvelles technologies n’a jamais pu voir le jour : l’incompétence professionnelle d’institutionnels de l’insertion pour l’économique y est pour quelque chose. Le dégoût et la méfiance des “vieux roudoudous du monde associatif” n’y sont pas pour rien. Alors, tout espoir est-il perdu de voir un jour des innovations privées répondant à des enjeux d’utilité publique à l’aide des technologies Internet ? Jean-Paul pense qu’aujourd’hui, les seuls acteurs qui peuvent prétendre à faire du sérieux dans le domaine, ce sont les équipes d’ingénierie des télécommunications des grosses ONG internationales, quoique ce ne soit certes pas dans une démarche entreprenariale. Alors, où verra-t-on de vraies IIUP demain ? Il hésite un instant et me confie : l’enjeu d’utilité publique auxquelles de telles innovations pourraient répondre de la manière la plus profitable, c’est le financement de micro-projets associatifs. Oh-oh ! Voila qui m’inspire… Il faudra que je (lui et) vous présente bientôt le projet que cette idée m’inspire.

Cette expédition a pris fin dans le courant de l’été : il fallait bien que je parte véritablement en vacances à un moment donné, non ?! Récapitulons les questions que je me posais initialement et mes conclusions à ce stade de mes recherches :

  • les innovations Internet d’utilité publique ne sont plus totalement terra incognita puisque je suis revenu vivant de cette expédition pour vous en parler
  • Peut-on répondre durablement à des enjeux d’utilité publique avec l’Internet ? Je n’en ai pas acquis la preuve mais nous sommes nombreux à y croire, alors pourquoi pas.
  • Les IIUPs, est-ce que ça existe vraiment ? est-ce un OVNI ? Peut-on faire de l’innovation Internet d’utilité publique à grande échelle et avec des moyens vraiment conséquents ? Ces entretiens m’ont permis de rencontrer plusieurs personnes affirmant qu’ils ont vu voire rencontré des IIUPs. Pour certains, il s’agit même de sujets de travail sur lesquels sont mobilisés des moyens significatifs dans quelques grandes organisations.
  • Qui s’est déjà attelé à de tels projets ? La carte ci-dessous récapitule les principaux acteurs que j’ai pu répérer et/ou rencontrer jusqu’ici. Il me faudra un jour positionner sur cette carte des acteurs tels que le Réseau Idéal, 6nergies, Ilog, Sofrecom, l’UNIT Consortium, Sopinspace, la DATAR, Ashoka, Navidis, Novethic et d’autres…

Acteurs des innovations Internet d'utilité publique

Malheureusement, l’été a été trop court pour explorer toutes les pistes qui se sont offertes à moi. Et, reprise oblige, j’ai moins de temps pour explorer ces pistes par des entretiens face-à-face (sauf à déjeuner ensemble, bien sûr). Alors je me tourne également vers vous pour m’aider à affiner ces idées. Comment croiser, en France, utilité publique, entreprenariat et nouvelles technologies ? Ces ingrédients peuvent-ils prendre en mayonnaise ? Où sont les grands Chefs cuistot en la matière ? J’aimerais savoir ce que tout cela vous inspire. Comment voyez-vous les choses ? Qui peut me donner plus de tuyaux à ce sujet ? Comment poursuivre cette exploration et dans quelles directions ?

Qu’est-ce que l’innovation ?

Wednesday, August 17th, 2005

Vu que je bosse maintenant dans la recherche, je peux m’intéresser plus étroitement… à l’innovation. Recherche et innovation, même combat ? La mode du moment, dans une certaine partie du monde de la recherche (privée) semble être de dire : “nous faisons de l’innovation”, nous sommes une “innovation company”. Sans ce credo, impossible de garder la confiance et l’attention des analystes financiers ?

Dans ma compréhension des choses, cela sous entend mettre le client final au coeur du processus de recherche d’innovation, y mettre aussi un esprit entrepreneurial et une approche stratégique des marchés. Et le saint-père de l’innovation est sans aucun doute, pour moi, Clayton Christensen. Et l’un de ses prophètes étant l’original blogger Dave Pollard. Mais il n’y pas qu’outre atlantique qu’on parle (bien) d’innovation. Cocorico, la FING, après l’indispensable interview de Dominique Cardon sur l’innovation ascendante (encore mieux que l’innovation tout court, si, si, je vous assure), nous propose une nouvelle interview sur le sujet.

Marc Giget rappelle que le moteur de l’innovation, ce n’est pas la technique mais le rêve. Personne ne dirait : “j’aime le 802.11g”. Par contre, nombreux sont les innovateurs qui rêvent à ce que l’on peut faire avec la technique Wifi. De plus, des millions de scientifiques produisent de la connaissance et notamment de la connaissance technique tous les jours, sans que cela ne produise du changement. L’innovation, qui est selon moi changement (ce que la recherche n’est pas forcément), résulterait donc, selon Marc Giget, d’une activité de synthèse créative.

Innovation industrielle, et Internet dans tout ça ?

Tuesday, June 21st, 2005

Le rapport de Jean-Louis Beffa à Jacques Chirac a donné lieu à la création d’une agence pour l’innovation industrielle doté d’un joli budget. Ce rapport a été discuté dans la blogosphère.

Certains ont été notamment surpris de l’absence d’un axe prioritaire “Technologies de l’Information et de la Communication” dans ce rapport et ont souligné combien d’autres pays avaient au contraire misé sur l’innovation dans les TIC, les STIC (Sciences et …), les NTIC (Nouvelles… ce qui fait déjà un peu ancien).

Histoire d’apporter ma pierre à l’édifice de la critique (constructive), voici deux documents qui soulignent l’importance prioritaire que les TIC devraient avoir dans une politique d’innovation industrielle en France.

Le premier est un rapport d’étude du conseil stratégique des technologies de l’information auprès du premier ministre, portant sur les politiques de R&D sur les STIC dans les grands pays industriels. Il montre que l’Europe est largement en retard par rapport au Japon et aux USA en matière de R&D sur les NTIC.

Le deuxième document est le bulletin de juin 2005 du centre d’analyse statistique du Canada, portant sur l’innovation. Il indique :

Les résultats de l’Enquête sur l’innovation de 2003, qui portait sur l’innovation dans certaines industries de services, montrent que les établissements des industries de services des TIC sont les plus susceptibles d’être innovateurs. Au Canada, les trois industries où les taux d’innovation étaient les plus élevés appartenaient toutes aux TIC.

En l’occurence, il s’agit des éditeurs logiciels, des opérateurs satellite ou Internet et, dans une moindre mesure, des SSII et du conseil, des bureaux d’études, sociétés d’ingénierie ou de R&D et, enfin, des grossistes-distributeurs high-tech. Il me semble donc que l’agence française pour l’innovation industrielle néglige l’innovation dans l’industrie des services en ne prévoyant aucune priorité politique pour les TIC alors que, dans des pays tels que le Canada, les TIC sont perçues comme un secteur prioritaire d’innovation. On dit que les grands capitaines d’industrie, tels que M. Beffa, ne voient parfois dans l’informatique qu’un “mal nécessaire” (à la bonne gestion, notamment financière, des industries “lourdes”). Ceci explique-t-il cela ?

PS : Au passage, dans le document canadien, vous noterez que

les entreprises qui sont situées à proximité d’entreprises rivales ou d’universités ne sont pas plus
innovatrices que les autres de la même industrie, sauf quand la distance est extrêmement courte.

Il est précisé, un peu plus loin :

La proximité avec des entreprises rivales ou des universités semble favoriser l’innovation uniquement lorsque les distances sont très courtes (quelques centaines de mètres). Et même dans ces cas, la proximité n’a des répercussions que sur certains types d’innovations. La proximité étroite avec des entreprises rivales semble favoriser l’imitation plutôt que les innovations originales, tandis que la proximité étroite avec des universités semble favoriser les innovations originales plutôt que les imitations.

Alors, que penser de cet autre volet des politiques françaises de soutien à la R&D, qui passe par le développement de “pôles de compétitivité” censés rapprocher physiquement entreprises rivales et universités ? Le fond a certainement du bon. Mais a-t-on pensé à prescrire une distance limite au-delà desquels le pôle n’a plus de sens ni d’intérêt ?

Innovation : du client vers la R&D

Tuesday, March 15th, 2005

Lorsque Dave Pollard ne nous invite pas à l’aider à sauver le monde, il chronique sur le thème de l’innovation. L’un de ses credos, très tendance, mais à forte teneur en pertinence il me semble, est que l’innovation n’est pas l’apanage des laboratoires de R&D. L’innovation résulte de la confrontation avec des clients imaginatifs, en amont de la conception produit. Bien sûr, les labos R&D objectent : “Les clients ne sont pas des experts et donc ne savent ce qu’ils veulent à moins qu’on ne leur montre quelque chose. Si vous leur demandez ce qu’ils veulent, ils vous répondent simplement : qu’avez-vous à offrir ?”. Ce à quoi Dave Pollard leur répond :

[...] Vous ne devriez pas demander aux gens quel [produit] ils veulent parce que ce n’est pas un produit qu’ils cherchent [mais plutôt] les attributs et bénéfices que le produit a à offrir : confort, [...] prestige, [sécurité, ...]. [...] [De plus,] vous avez besoin d’un processus itératif pour appréhender ce dont les gens ont besoin, veulent ou utiliseraient [...] Ce processus suppose une combinaison d’exercice d’imagination, de questionnements du type “et si ?” et d’une manière générale cela suppose d’aider les clients à imaginer la situation future de leurs propres organisations et besoins et la manière dont ils réagiraient si quelque chose de nouveau devenait tout à coup disponible. Si vous demandez aux gens “que voudriez voir sur l’intranet de l’entreprise”, vous obtiendrez probablement des réponses sans intérêt (ou pas de réponse) [...]. Par contre, vous pourrez obtenir des résultats si vous les aidez à se figurer comment sera le futur de leur métier, si vous travaillez ensuite sur cette vision en posant un ensemble itératif de “et si ?” pour déterminer les types de [produit] qu’ils pourraient utiliser avec efficacité dans cet environnement et si vous travaillez avec eux en étroite collaboration pour concevoir ce produit.

Dave Pollard partage également son expérience de missions de conseil en innovation sous la forme d’autres découvertes et conseils :

  • se focaliser sur la technologie et négliger la dimension émotionnelle des produits conduit à l’échec commercial
  • les meilleurs produits sont conçus lorsque les employés sont eux-mêmes des utilisateurs du produit
  • la “recherche anthropologique” (rendre visite aux clients pour voir comment ils utilisent - ou détournent - les produits) peut considérablement éclairer les besoins et les possibilités d’innovation
  • pour entrer dans de nouveaux marchés, il est utile de disposer de partenaires locaux “de terrain” pour adapter les produits aux besoins spécifiques à ce marché
  • les équipes pluri-disciplinaires et transverses et le fait de “faire sortir plus souvent” les équipes de R&D permet de réduire l’aveuglement au client
  • le fait de répartir ses efforts de R&D à travers le monde permet aux multinationales d’améliorer leur capacité de veille et de saisir des idées et des adaptations qui ne sont pas forcément évidentes pour le siège
  • les questionnaires qui collectent des données sur le comportement du client ne sont pas suffisants ; il est plus important de savoir pourquoi les clients se comportent ainsi pour déterminer leurs véritables besoins et demandes et cela suppose généralement des contacts en face à face et un travail en étroite collaboration
  • lorsque l’on développe un produit, il est important de comprendre chez les clients leur résistance au changement et à une trop grande multiplicité des choix possibles
  • les qualités clefs de ceux qui facilitent le dialogue entre la R&D, la vente et les clients sont l’humilité et la curiosité

Innover : qui ? comment ?

Wednesday, September 29th, 2004

L’innovation, tout le monde en parle. Ca tombe bien, ça m’intéresse. L’une des personnes qui en parle le mieux sur le web, c’est selon moi Dave Pollard. Lui-même dit que c’est Clay Christensen. Ce dernier fait le distinguo habituel entre deux types d’innovation :

  • les innovations incrémentales qui consistent à améliorer peu à peu une offre auprès d’un marché donné et bien connu, ce qui avantage les grandes entreprises (car, par définition, bien implantées sur leur marché)
  • les innovations radicales qui consistent à créer des offres radicalement nouvelles et donc à étendre un marché au-delà de ses limites habituelles, pour atteindre de nouveaux clients (et rendre peu à peu obsolète les offres anciennes en grignotant également l’ancien marché).

Les entreprises privées de taille moyenne ont les meilleurs atouts pour innover

Clay Christensen affirme que les entreprises côtées en bourse sont largement handicapées pour innover car leur objectif est d’accroître leurs profitabilité (et donc potentiellement les dividendes aux actionnaires et donc la valeur en bourse) plutôt que d’accroître leur chiffre d’affaires. Elles ont donc tendance à privilégier l’exploitation maximale d’un marché donné plutôt qu’à prendre des risques pour s’aventurer dans des marchés à défricher et donc peu profitables avant un certain temps.

Pour répondre aux innovations de leurs concurrents, leur seul espoir consisterait à copier les innovations radicales de ceux-ci en créant de nouvelles business units. Il leur faudrait ensuite à cloisonner ces dernières de manière à ne pas souffrir de l’inertie propre à la grande entreprise. Selon lui, privilégier un financement essentiellement privé offrirait donc de plus grandes chances de succès à l’entreprise qui souhaite devenir durablement innovante.

A l’opposé sur le spectre de la taille des entreprises, les très petites entreprises ont moins de chances de succès lorsqu’il s’agit d’innover car leurs capacités d’investissement sont habituellement limitées. Elles risquent donc de s’essouffler à vouloir conquérir de nouveaux marchés avec de nouvelles offres qui, si elles se révèlent effectivement intéressantes, pourront être copiées par des entreprises ayant de plus grosses capacités d’investissement et étant donc susceptibles de les doubler pour remporter la mise (”premier arrivé, premier servi !”). Les très petites entreprises auraient donc intérêt à ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre en matière d’innovation.

Pour innover davantage, il faut interroger ses prospects ou certains de ses clients

Dave Pollard défend l’idée que c’est en dialoguant avec certains de ses clients que l’on arrive à identifier leurs besoins non satisfaits et donc à inventer de nouvelles solutions et de nouvelles offres pour les satisfaire. La clef de l’innovation ne résiderait pas dans les technologies et les centres de R&D mais dans le dialogue avec le client. L’innovation serait guidée par le besoin non satisfait (à ne pas confondre avec la demande) et non par l’offre. Pollard précise joliment :

La nécessité est mère de l’invention.

Exit les bricoleurs de génie sauf lorsqu’ils inventent un bricolage qui répond à leur propre besoin (”an itch to scratch”, ça vous rappelle quelque chose ?). Selon Pollard,

les innovations qui viennent de la R&D ont tendance à être des solutions en quête de problèmes et celles qui viennent du marketing ont tendance à être des solutions pour lesquelles on essaie de créer artificiellement un besoin grâce à la publicité.

Christensen affirme qu’à force d’écouter ses clients habituels, on en vient à privilégier les solutions existantes et non innovantes car, par définition, si ce sont vos clients habituels, c’est qu’ils sont déjà satisfaits par ce que vous leur offrez : pas de motivation à innover. Christensen affirme donc que c’est avec ceux qui n’achètent pas chez vous qu’il faut dialoguer pour imaginer ce que vous pourriez inventer pour qu’ils deviennent vos clients. Ce à quoi Pollard répond qu’il est préférable d’identifier parmi ses clients habituels, ceux qui sont prêts à faire un effort d’imagination, pour établir un dialogue avec eux (plus facile à faire qu’avec ses simples prospects) et imaginer comment leur vendre davantage.

Savoir raconter la bonne idée

Admettons que j’ai mon client imaginatif ou mon prospect consentant à faire preuve d’imagination. Je l’ai interrogé pour débusquer ses besoins non satisfaits. J’ai réussi à mettre en correspondance l’un de ces besoins avec quelque chose que je sais faire (une technologie, …) et que je pourrais transposer au contexte de mon client. Cette mise en relation besoin non satisfait - technique connue, c’est mon idée innovante. OK. Maintenant, qu’est-ce que je fais avec cette bonne idée ? Toujours selon Pollard, il convient de s’assurer que l’on sait bien raconter cette bonne idée. (Ce n’est que l’une des étapes clefs d’un modèle général des processus d’innovation, commenté par Pollard).

En effet, pour pouvoir mettre son idée en oeuvre et la vendre, il va falloir que je la transplante dans le cerveau de mes collaborateurs, partenaires, fournisseurs et clients. La meilleure manière de s’y prendre consisterait à la raconter sous la forme d’une histoire. C’est le fait de raconter une histoire qui permet le mieux de mettre cette idée dans un contexte pratique et concret, qui permet par exemple au client d’imaginer ma nouvelle offre dans sa vie, son travail au quotidien. Le récit serait le moyen le plus efficace de propager cette idée pour “éduquer” le client (je trouve cette expression méprisante pour le client d’ailleurs). Et

distiller les récits pour en faire des leçons détruit l’essence-même de leur valeur en détruisant la capacité de l’apprenant à internaliser, à digérer et à apprendre l’expérience contextualisée de l’enseignant.

Dave Pollard a publié d’autres articles sur l’innovation. Dès que les ai lu, je vous les commenterai dans ce carnet. A suivre…

Qui profitera de l’open source ?

Friday, August 20th, 2004

A l’occasion d’un très stimulant déjeuner avec Nicolas Chauvat, de Logilab, nous avons évoqué à coups de machettes les différents modèles économiques pour l’open source et la quantité d’innovation portée par chaque modèle (”l’open source permet-il d’innover ?”) :

  • comme les éditeurs propriétaires : développer une fois, revendre plusieurs fois => mais cela suppose que ni l’entreprise ni ses clients ne publient le code, du coup on perd certains bénéfices du modèle open source (open scrutiny, mutualisation des coûts de maintenance, notoriété, …), de plus l’objectif est alors de rentabiliser l’existant (”vaches à lait”) avant/plutôt que de développer du nouveau donc pas trop d’innovation à attendre
  • comme les SSII : vendre du jour.homme => mais cela n’apporte pas de différence essentielle avec le fait de vendre du jour.homme sur des technos propriétaires, l’entreprise ne capitalise pas sur le code ou la communauté, pas d’innovation de la part de l’entreprise qui se “contente” de répondre au besoin du client ; est-ce vraiment le cas chez un Cap Gemini ou Unilog par exemple, qui ont eu tendance à vendre du J.H open source ces derniers temps ?
  • développer un produit (capital), vendre du jour.homme pour l’intégrer et le personnaliser (voire le développer) puis le maintenir/supporter => c’est le modèle que semblent suivre les SS2L françaises : IdealX, Ingeniweb, Nuxeo, Linagora, Clever AgeLogilab et les autres ; de l’innovation mais… reste encore difficile à vendre (sauf, peut-être au secteur public, et encore) !
  • utiliser des outils open source pour porter une offre innovante de services non informatique => exemple : nombreux fournisseurs d’accès, comme Free, de l’innovation, mais y a-t-il une réelle contribution open source (ou au contraire/uniquement des modifications privées du code) ?

Alors, toujours avec ma question en tête “chez quelle boîte est-ce qu’il faut aller travailler pour surfer sur la (future ?) vague open source ?”. Chez les éditeurs propriétaires : ne profitent pas assez du modèle open source ? Chez une SSII classique : pas de stratégie d’innovation ? Chez une SS2L : trop tôt pour avoir une activité avec des volumes suffisants ? Chez un fournisseur de services exploitant l’open source : y en a-t-il de respectables qui aient choisi l’open source ?

Je pense que l’avenir se montrera rose pour ces deux dernières catégories : les SS2L, une fois qu’elles auront appris à vendre leur offre au CAC40 (et que le CAC40 aura appris à la leur acheter !), les fournisseurs de services innovants utilisateurs de l’open source une fois que je saurai si ça existe. Ces deux modèles semblent être les plus “stables” comme dit Nicolas, les plus “durables” je dirais.

Tiens, une idée qui fait plop : le développement/la maturation de l’open source part de l’infrastructure (Linux, Apache, …) et “monte” vers l’applicatif (Evolution, Plone, …) ; de nombreux ISP ont choisi l’open source pour monter une infrastructure permettant de monter des offres de services innovantes ; quelles seront les entreprises qui choisiront l’open source pour s’équiper en applicatifs permettant de monter des offres de services innovantes. Autrement dit, qui fera d’un Plone le même usage qu’un Free peut faire des linux (ou quel que soit le BSD qu’ils utilisent…) ? Est-ce qu’un Sharing Knowledge décidera d’open sourcer ses outils logiciels ? Est-ce qu’un Ingeniweb pourrait tenir une telle position ?

Prospective en entreprise et développement durable

Thursday, March 11th, 2004

La Tribune fait le point sur la place des études prospectives dans les grandes entreprises françaises. Cet article m’inspire les questions suivantes : si le développement durable doit vraiment prendre une place (durable, elle aussi) dans la stratégie des entreprises (et non pas seulement dans leur rapport annuel), alors quel rapport doit-il exister entre développement durable et prospective ou planification stratégique ? Par ailleurs, de même qu’il existe deux modèles organisationnels pour la génèse de l’innovation, endogène (culture interne de l’innovation) et exogène (innovation achetée par acquisition ou par conseil), en est-il de même pour la prospective ? Autrement dit, comment faire pour que la prospective puisse se faire dans l’entreprise et par l’entreprise (par ceux qui ont les mains dans le cambouis) et non pas hors de l’entreprise (consultants) ni dans une tour d’ivoire ?

Wanted : mouton à sept pattes, dead or alive (alive si possible)

Thursday, March 11th, 2004

Vous savez bien : je m’interroge sur ce que sera mon prochain job. Dans une telle recherche, le but du jeu consiste bien sûr à trouver le bon compromis entre le job rêvé et les opportunités réelles. Mais cela n’empêche pas de rêver et de se demander, dans un monde utopique, quel serait ce job extraordinaire qu’il me faudrait, ce fameux mouton à sept pattes qu’il convient de ne chercher qu’en rêve (quelqu’un a parlé de “légende personnelle” ?) ? Alors, histoire de rêver avec toi, cher lecteur utopiste, voici le portrait robot du mouton en question : je voudrais monter une offre de services ciblant l’ensemble des besoins de support à l’innovation des organismes sans but lucratif. Cette offre s’appuierait sur une chaîne complète de valeur allant de la recherche autour des standards technologiques émergents (web sémantique) et des usages innovants en matière de knowledge management et de gestion de contenu (weblogs et wikis) jusqu’à la commercialisation de prestations d’assistance à maîtrise d’ouvrage, en passant par du conseil technique (architecture), de l’ingénierie et du support, avec une forte dose de conseil en management associatif, en innovation et en conduite du changement pour tenir l’ensemble. Le tout faisant la part belle aux logiciels libres et aux standards ouverts. Mes quartiers généraux seraient en région parisienne et mes clients un peu partout dans le monde. Je rendrais ainsi le monde meilleur tout en me remplissant les poches (raisonnablement). Bien sûr, cela va sans dire (et c’est là que ça pêche !?!) le secteur associatif mobiliserait de très gros moyens pour se moderniser et tirer ainsi le meilleur partie des nouvelles technologies, pour les mettre au service d’ambitieux programmes d’innovation sociale dont elles serviraient de support. Et mon offre serait le point de passage idéal entre leurs ambitions stratégiques et la réalité. Voila pour l’utopie. Pour la réalité, il faudra revenir plus tard…

Management associatif

Thursday, March 11th, 2004

Le délégué général du Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises (CIGREF), Jean-François Pépin, est un expert du management associatif. Alors que cette problématique managériale dans les OSBL est bien connue du monde anglo-saxon (particulièrement aux USA où les “non profit organizations” représentent un secteur économique assez éloigné de nos associations loi 1901) et de nos voisins européens, je m’étonne (un peu) que la réalité associative française ne trouve pas les atomes crochus qu’il faut avec ce concept pour pouvoir s’en imprégner et en tirer profit sans craindre de trop y perdre son âme. J’ai eu le privilège de rencontrer récemment M. Pépin. Et j’ai eu le plaisir de constater qu’il existe un esprit managérial et d’entrepreneuriat dans certaines associations ou, du moins, qu’il existe des promoteurs de cet esprit. Pourtant, en dehors de cette personne, et de certains de ses collègues qui tentent de faire progresser les démarches de management stratégique dans le secteur non lucratif, force est de constater que le chemin que les associations ont à parcourir reste encore bien long avant que… D’ailleurs, est-ce une coincidence si ces deux personnes (JFP et Claude Rochet) s’intéresse tous deux à la fois au management associatif et à l’innovation technologique ?
Pour ramener la discussion à ma nombriliste personne et à la recherche de mon prochain job, je ne peux que regretter que les associations françaises considèrent que la source particulière de motivation que représente leur mission sociale soit une justification suffisante pour exiger un différentiel de rémunération de 25% par rapport aux prix du marché. En effet, le discours des associations que j’ai pu rencontrer à ce sujet semble être : “Je veux bien vous embaucher, mais je vous préviens que 1/ je n’ai aucune perspective sérieuse d’évolution à long terme à vous proposer (les politiques de gestion RH ? moi ? connais pas.), 2/ si j’avais des sous, je voudrais bien vous payer mais à 25% en-dessous des prix du marché parce que, quand-même, vous avez vraiment envie de venir travailler pour moi”. Ce que ce type de raisonnement peut être agaçant : ces associations ont beau être gentilles et leur “cause” motivante, elles n’obtiendront jamais le niveau de compétence que requiert la professionnalisation de leurs activités si elles n’apprennent pas à faire la différence entre la plus-value sociale de leur projet associatif (la valeur apportée à la société) et la réalité économique du marché de l’emploi (et notamment la valeur, sonnante et trébuchante, apportée au porte-monnaie de leurs salariés). Dommage…

Développement, développement, développement

Tuesday, February 24th, 2004

Développement local grâce à la microfinance, développement durable parce que c’est triplement bien, développement informatique parce que c’est efficace pour transférer des connaissances, tout y est : visitez le nouveau site de la microfinance pour l’Asie du Sud-Est. Leur site est tout neuf, il sent encore la peinture fraîche mais on imagine déjà le potentiel d’un tel site : devenir une plate-forme d’échange et d’animation entre acteurs de la microfinance dans le Sud-Est asiatique. A noter : l’existence d’une newsletter dédiée à l’informatique au service du microcrédit. Cette initiative est soutenue par l’O.N.G. Planet Finance.

Modèles économiques du logiciel libre

Tuesday, February 3rd, 2004

Jacques Prades compare le modèle organisationnel et économique des “Community Development Corporations” (coopératives territoriales à but social) et celui des logiciels libres (open source). Il explique que si les modèles économiques keynesiens de fixation d’un prix par les mécanismes d’équilibrage de l’offre et de la demande ne s’appliquent pas efficacement aux logiciels libres (les licences d’utilisation sont gratuites), ce n’est ni faute d’offre ni de demande ; les mécanismes d’auto-renforcement des technologies de réseau se révèlent plus efficaces :

l’information a ceci de particulier que lorsqu’on ne connaît pas l’information, on ne veut pas la payer puisqu’on ne voit pas pourquoi on payerait quelque chose qu’on ne voit pas ; et lorsqu’on a l’information, on ne voit plus pourquoi on la payerait puisqu’on la possède. [...] lors de l’échange d’un bien matériel, celui qui acquière perd l’objet tandis que pour un bien immatériel, celui qui vend l’information la conserve [...] Si personne ne veut en payer le prix, alors chacun peut collaborer à la construction de cette information en échange de quoi il jouit de son usage. Or, plus la communauté s’agrandit sur cette base et plus l’utilité de la technologie progresse selon les mécanismes d’auto-renforcement des technologies de réseau. Et comme le coût d’entrée dans la communauté est faible, il n’y a pas de raison pour que cela s’arrête.

Economie solidaire et TIC

Thursday, January 29th, 2004

Jacques Prades, de universitaire toulousain, étudie la faisabilité de l’exploitation des technologies de l’information pour le bénéfice de projets relevant de l’économie solidaire. Il évoque le “bluff technologique” des discours sur la “démocratie électronique”, les “autoroutes de l’information”, les “technopôles” ou la “fracture numérique” et considère que :

utilisées sur des terrains en marge où cherchent à se construire de nouvelles socialités, les nouvelles technologies peuvent participer à des logiques économiques novatrices lorsque l’outil nourrit un projet politique.

Jacques Prades place le développement des TIC comme la poursuite du mouvement de la révolution industrielle, qui a permis l’apparition des prothèses physiques que sont les machines mécaniques, les TIC offrant des prothèses cognitives.
Inspiré par l’image des prothèses cognitives, je soumets à votre sagacité une autre image, mais de mon invention : celles des machines cognicoles. Cette idée consiste à établir un parallèle entre d’une part la mécanisation de l’agriculture qui a permis de passer d’une agriculture “artisanale” à faible productivité à l’agriculture “industrielle” moderne (avec toutes les problèmes sociales et économiques associées et d’autre part l’informatisation de l’économie des services. Plus particulièrement, dans un domaine comme le développement open source, qui me semble relever de mécanismes de développements à caractère d’artisanat à grande échelle, n’y a-t-il pas une opportunité de gains de productivité grâce aux “machines cognicoles” que constituent des outils comme les wikis, les logiciels de bug tracking (bugzilla, …), les logiciels de gestion de source ? De même que l’on parle d’agriculture, peut-on parler de cogniculture pour désigner l’activité qui consiste à produire, manipuler et transformer des savoirs ? Je pense par exemple aux activités d’enseignement, de formation, de conseil, de création de contenus, de recherche, de création de logiciels. Fermons la parenthèse pour poursuivre avec Jacques Prades…
Il évoque le risque de glissement de motivation qui menace les structures de l’économie solidaire :

plus l’activité devient pérenne et plus le fonctionnement quotidien de l’activité économique l’emporte sur le combat politique, phénomène renforcé par l’observateur qui tend à gommer l’acte militant pour ne retenir que les logiques qui fonctionnent. Ces logiques sont toujours tiraillées par l’attraction du marché qui garantit une autonomie de décision vis-à-vis de l’Etat et celle de l’Etat qui tend à institutionnaliser les structures.

Jacques Prades présente ensuite un panorama de l’économie solidaires en distinguant différentes structures économiques dont le mobile est d’ordre politique : des entreprises “classiques” se prétendant solidaires en se dotant de chartes éthiques, l’Etat qui adopte une gestion associative des politiques publiques en déléguant à des associations certaines de ses prérogatives “solidaires”, les structures combinant marché et Etat telles que les crèches parentales et les régies de quartier, et certaines structures coopératives innovantes (LETS, …).
La différence principale entre l’économie “classique” et l’économie “solidaire” relèverait de la relation de ces structures à l’innovation. Pour les structures de l’économie classique, l’innovation est un moteur de profit car elle permet le captage de rentes temporaires. Et cette innovation peut être radicale, d’où l’importance managériale de la conduite du changement. Pour les structures de l’économie solidaire, l’innovation est la traduction immédiate d’un mobile politique. Elle porte généralement sur des objets sociaux (innovation sociale). Mais sa mise en oeuvre est rendue plus difficile par des pratiques managériales d’ordre démocratique. Elle prend donc la forme d’innovations incrémentales ou “secondaires”.
L’innovation dans l’économie solidaire émergerait à la frontière entre différentes catégories : à la frontière entre le marchand et le non marchand (l’acteur public gérant des objectifs de marché, et l’acteur privé abusant des ressources publiques), à la frontière entre producteur et consommateur (avec l’émergence de mode de production “raisonnés” et de modes de consommation “militants”). Le modèle de développement des structures d’économie solidaire serait basé sur la multiplication des structures (développement en rhizomes) plutôt que par grossissement par investissement fondé sur des économies d’échelle.
Cette dernière idée suggère que l’application sur le champ de l’économie solidaire des techniques classiques de financement par capital risque ne serait pas pertinente. Pourtant, ces tentatives se multiplient (voir aussi ceci).

Le capital risque au service du développement durable et de l’innovation sociale

Tuesday, January 6th, 2004

Le Club Professionnel Entrepreneuriat Social de l’ESSEC a organisé une conférence sur le thème du “capital-risque au service du développement durable et de l’innovation sociale”. On y cite la société de capital risque “Afrique Initiatives” de Michel Rocard, la “Société d’Investissement France Active” d’Edmond Maire et l’association à but non lucratif américaine Ashoka. Ces organismes s’inspirent du fonctionnement des sociétés de capital risque “classiques” mais financent des projets de création d’entreprise, en général qui permettent de :

donner priorité aux plus démunis, pour autant qu’ils aient un projet simple, modeste, mais qui tienne la route à terme et soit viable économiquement