Archive for the ‘Entreprises responsables’ Category

Pourquoi l’économie solidaire est-elle absente des médias?

Tuesday, June 6th, 2006

Place Publique dédie un article à ce sujet: pourquoi l’économie solidaire (entreprises d’insertion, mutuelles, coopératives, ONGs, …) est-elle si peu présente dans les médias? Pourtant, elle représente 7% des employés en France et 3% du PNB.

Fabriquer le futur

Wednesday, April 19th, 2006

La semaine dernière, j’ai entraperçu le futur en train de se fabriquer dans un restau chinois de Massy. En effet, j’ai eu le plaisir de déjeuner avec Eric Seulliet, l’auteur du livre “Fabriquer le Futur”. Nous avons parlé ensemble innovation ascendante, innovation open source, do-it-yourself innovation ou mouvement Pro/Am (pour Professionals/Amateurs), selon le terme que l’on emploie, pour des concepts qui se recouvrent plus ou moins bien. Réflexions en vrac, suite à ce déjeuner:

De la place de la créativité dans l’innovation privée:

En fait, quelques jours après qu’Eric Seulliet a pris contact avec moi, j’ai reçu un mail du service documentaire de notre centre de recherche qui m’informait que son bouquin venait d’arriver chez nous, à la demande d’un collègue. Je vais voir le collègue: “un peu trop loin de mon quotidien pour moi, je cherchais plutôt un bouquin sur ‘comment rendre mes équipes plus créatives’”, me dit-il en me le passant. C’est vrai que le premier chapitre est très académique: la place de l’imaginaire dans l’innovation. Dans le service R&D où je travaille, dans une grosse boîte high-tech privée, la place de l’imaginaire est curieuse: elle est à la fois inexistante officiellement (on n’y fait jamais référence, ça ne fait ni sérieux, ni gérable) et omniprésente (références permanentes à l’idée que l’on se fait de la concurrence, aux success stories de l’Internet et aux images du futur que l’on se renvoie de labo en labo à travers nos projets). L’imaginaire est implicite ici-bas. On osera parle plutôt parler de créativité (en termes de… combien de propositions de brevets as-tu produites cette année?) sans référence explicite à ce qui la sous-tend: imaginaire, croyances…

Pour revenir au bouquin, j’ai bien aimé un témoignage du troisième chapitre, sur lequel a plus particulièrement travaillé Eric Seulliet. Il s’agit de l’interview d’un consultant qui explique que la difficulté pour les entreprises innovantes n’est pas de manager la technologie nouvelle mais de manager la personnalité de ses créatifs. J’ai bien rigolé en lisant ça, en pensant à des réflexions de certains anciens collègues: “tu es parfois ingérable…”, “un peu difficile à contrôler…”. Amusant quand on entend tant d’entreprises clamer qu’elles cherchent des “intrapreneurs” capable de prendre des initiatives. Là aussi, il y a un imaginaire (”les entreprises modernes aiment les créatifs”) et une réalité qui n’est pas forcément en phase (”zut alors, comment bien gérer des preneurs d’initiative?”). Il n’y a qu’à voir les processus de recrutement d’informaticiens: on recrute des clones pour profiter d’armées de clones à faire du SAP et du J2EE, pas des créateurs de technologie et encore moins des créateurs d’innovation. Dur, dur, de ne pas se retrouver dans un “métier à la con” comme me le fait remarquer un contributeur à ce blog.

De l’innovation open source et du développement durable

En déjeunant ensemble, j’ai pu observé un phénomène étrange: les gens qui aiment l’innovation ascendante aiment généralement le développement durable et peut-être vice-versa. C’est une généralité un peu bête mais, en première approximation, qui m’a l’air assez vraie. L’une des raisons pour lesquelles Eric Seulliet m’a rencontré, c’est que je prétends parfois m’intéresser au “développement durable”, à l’”associatif”, à l’”économie sociale”… “tu devrais faire dans l’humanitaire” me dit-on parfois pour me taquiner. Le directeur telecoms de la multinationale industrielle dans laquelle je bossais jusqu’à l’an dernier ne m’avait-il pas dit lui-même “linux, c’est bon pour les lanceurs de pavé des sommets altermondialistes”. Il est parti à la retraite, depuis… Et l’open source envahit l’entreprise.

Plus sérieusement, pourquoi y a-t-il une corrélation entre open source et altruisme? Innovation ascendante et développement durable, c’est le rendez-vous des rêveurs et des utopistes? Ou bien c’est quelque chose qui peut s’ancrer dans la réalité et nourrir des entreprises et des emplois? Pour faire plus sérieux, plus économique et efficace, ne devrait-on pas au moins essayer de gérer prudemment cette corrélation ou moins de rester humble et d’éviter d’en parler trop? Pas mal d’acteurs économiques de l’open source (sociétés de services autour des logiciels libres) prennent leur distance vis-à-vis des idéologies libertaires ou au moins altruistes que semblent véhiculer les communautés open source. Moi-même, j’ai du mal avec le côté nanar (anarchiste) même si je suis très attaché aux valeurs de partage et de don… Alors quoi? un modèle économique peut-il être en soi porteur de valeurs morales? L’éthique et l’économique ça va ensemble? J’aimerais bien répondre oui. Tant qu’on en est au discours et à la théorie, pas de problème. Mais quand on en arrive à se poser la question “comment faire du développement durable à grande échelle (avec du profit et des moyens financiers) avec de l’innovation ascendante?” il est plus dur de trouver des réponses concrètes. Et quand on rêve à convaincre une multinationale de la possibilité de faire du business avec de l’open source et dans une optique d’entreprenariat social ou de développement durable, on retombe facilement dans l’utopie ou la quête chevaleresque…

De l’odeur et du goût du futur

Dans une grosse boîte privée innovante, pour obtenir des budgets de recherche, l’odeur et le goût d’un projet ont leur importance. En effet, pour obtenir un financement spécial, il faut convaincre que le projet présenté a l’odeur de l’argent et le moins possible le goût du risque. Pas assez profitable ou un tout petit trop risqué et ce n’est pas un projet qui sera retenu. Etant donné qu’on ne peut parfois pas faire grand chose aux aspects risques, il faut souvent que “ça pue le fric”. D’où l’intérêt des machines à retransmettre les odeurs à travers l’Internet (cf. France Telecom par exemple): vous branchez le bidule sur votre PC, vous affichez le descriptif d’un bon projet de R&D et, hop, vous sentez une bonne odeur de blé et d’oseille envahir votre bureau… OK. Le problème, c’est que tout ce qui sent le fric n’est pas profitable. Et l’imaginaire des nez des grandes entreprises est empreint de subjectivité: dur d’anticiper le profit. Morale de l’histoire: on ne peut financer que ce qui pue tellement le fric qu’on ne peut plus se boucher les narines. Je caricature pour le plaisir, certes. Mais tout de même, quelle place pour le développement durable dans tout ça? Le credo du développement durable, c’est de dire que le profit sera triple: pas seulement économique mais également environnemental et social. Alors pour favoriser le financement privé de projet teintés D.D., il faudra sans doute d’abord éduquer le nez et l’imaginaire des entreprises. C’est quoi un projet qui pue le triple profit du DD? Vous sauriez anticiper la profitabilité de tels projets? Pas facile…
Quant au financement de l’innovation open source/innovation ascendante, là il me manque encore des clefs et il faut que je finisse de lire le bouquin de Philippe Aigrain, Cause Commune, pour espérer imaginer de bonnes réponses.

French telecom operator pays employees to work for non-profits

Wednesday, March 15th, 2006

SFR is the #2 telecom operator in France (subsidiary of Vodafone and Vivendi Universal). They announced yesterday that they would allow 50 additional employees every year to spend from 6 to 11 paid days per year working for a non-profit organization. These days are paid and managed as usual working days. SFR limited the authorized non-profits to those working in the fields of childhood protection and people with disabilities. SFR employees have a strong demand for such a program and a jury will have to select the yearly 50 “citizen-employees” based on the quality of their project.

For sure, this must be great news for altruistic SFR employees. But I’d like to make a suggestion to SFR to make this operation even more effective: why aren’t you focusing on your core business and competencies instead of diverting your efforts toward childhood and disabilities topics? I’m quite sure SFR employees could come with substantial socially-savvy innovations in the field of telecommunications if they were challenged to do so. Social entrepreneurship (entrepreneuriat social in French) combines altruistic aspirations with senseful business innovations. In the field of telecommunications, the best example for such activities is probably the Grameen Village Phone (see also here) or, to a lesser extent Alcatel’s Digital Bridge. Many other examples exist in social hightech. Social entrepreneurship projects may be riskier than usual innovation projects corporations sometimes carry. But this citizen-employee kind of operation would be ideal for managing the risks of social entrepreneurship project while contributing to the corporate social responsability of SFR, giving it a nice media coverage and still giving birth to economically viable businesses.

The so-French tradition of tightly containing “charities” away from business sometimes drives me nuts. Take the best of both worlds, please!

Anyway, hurrah for this nice SFR marketing and HR operation! If only my employer did the same thing, I would probably be on the field trying to connect some unconnected families, researching some disruptive knowledge technologies applied to local development (such as social networking software for residential areas), developping semantic web technologies applied to corporate social responsability reports or so.

Connecting romanian gypsies

Friday, March 3rd, 2006

Jean-Pierre is member of a French NGO dedicated to extreme poverty in France. He works closely with some nomad gypsy families who live in poverty near Paris. He sometimes brings them his laptop, a digital camera, a printer and an Internet connection and made some experiments with Skype and other software. They enjoy getting some news about Romania through online newspapers and websites. The young father of one of these families told Jean-Pierre how cool it would be if computing allowed him to get some recent pictures from his 5 years-old son who stayed in Romania. It has been 2 years since he last saw him. Another person is trying to get in touch with their mother who suffers from some disease in Romania.

When I read that on Jean-Pierre’s blog, I started trying to identify some Romanian volunteer who would visit that remote family with a digital camera, take some pictures and send them back to Jean-Pierre’s laptop via the Internet. I wrote a blog entry for this. I asked a Romanian colleague in the company I was working for at the time. I also sent a couple of emails to some Romanian IT services companies which offer offshore consulting services to French customers. Unsuccessfully.

Some time ago, a French guy in Bucharest contacted me in order to volunteer. Unfortunately, he was not located near the Romanian area where these families are, as Jean-Pierre explained us. So he could not help.

I don’t know much things about these families in Romania. As far as I know, they are in the area called Mehedinti, near the city of Girla Mare. I assume they are gypsies. Another Romanian colleague told me a bit more about this area. It is a very poor rural area with small mountains (up to 1000m high) near the Romanian border with Bulgaria, Serbia and Montenegro. He told me that the Romanian government had been saying for years that no such extremely poor and excluded gypsies exist in the country (until the European Union required from them that they recognize the importance of their minorities). From what I saw about gypsy families in the Czech Republic, I imagine that they live far from any town or village, without any sort of infrastructure. Maybe the road that leads to their place has no asphalt. Maybe they are in the middle of a forest, in some muddy place (Dilbert’s Elbonia anyone?). Maybe they live in a giant soviet-like sinister building in the forest where broken windows have never been replaced (this is the reason why they might be interested in linux BTW). They probably don’t have electricity nor any phone line. They most probably live on the fringe of society as their French cousins do in some way. I wonder how far such a picture is from reality. I hope I would be wrong.

Anyway, as I joined a new company, I investigated our presence in Romania still in search for some would-be volunteer. Our corporate directory randomly gave me the coordinates of one of our employees in Bucharest. I sent him an email like I would be sending a bottle into the sea. How surprised I am by his answer!

He tells me that he asked all of his colleagues about what we can do. One of them knows someone in this rural area. This local person is the head of a mountaineering club. He tells us that he is very enthusiastic about helping there. At the same time, my employer might be motivated by the idea of connecting some unconnected families in such a rural area and may support such an initiative. Or I am once again too naive. Anyway I am now investigating this opportunity internally. I also have to answer this mountaineer and try to understand a little bit more his motivations and expectations. I have to get sure that he does not think this would bring him any money because this is so far from what I am interested in.

Que penser de l’entrepreneuriat social ?

Monday, January 9th, 2006

Le “social entrepreneurship” (entrepreneuriat social/entreprenariat social) est un concept d’origine anglo-saxonne qui a bien du mal à prendre racine en France. L’idée est d’utiliser les forces du marché pour rendre le monde meilleur, de créer des entreprises lucratives dont l’activité économique a été conçue de manière à résoudre une problématique sociale voire humanitaire. Faire de l’entreprise un outil pour changer le monde. Sympa, non ?

L’exemple le plus connu est celui des entreprises de microcrédit, à l’image de la Grameen Bank de Mohamed Yunus, pionnier en la matière depuis les années 1970. La Grameen Bank s’est développée en offrant des prêts de quelques dollars à des paysans du Bangladesh pour qu’ils investissent dans une charette pour vendre à meilleur prix leurs légumes au marché du gros village voisin plutôt que d’être coincé dans leur petit bled où les “bons clients” ne se rendent pas. (Excusez le raccourci un peu caricatural !) Jusqu’alors, les banques refusaient de gérer des prêts aussi petits (trop de coûts administratifs) et des emprunteurs aussi peu fiables (comment gérer le risque de non-remboursement). Aujourd’hui, l’entreprenariat social est bien loin de se limiter aux activités bancaires en milieu rural mais touche tous les secteurs économiques, de la santé aux télécommunications en passant par l’énergie et le traitement de l’eau. De nombreux sites, livres et podcasts témoignent de l’aventure des entrepreneurs sociaux.

Le principe économique de base qui permet ce genre d’activités me semble être celui des innovations de rupture visant des non-consommateurs. Telle que présentée par Clayton Christensen, le principe est le suivant. Sur un marché donné, il y a des barrières à l’entrée pour les consommateurs : le produit est trop compliqué à consommer, le prix d’entrée de gamme est trop élevée pour le pouvoir d’achat, etc. Un innovateur introduit un nouveau produit qui lève cette barrière à l’entrée. Il propose par exemple une offre “à bas coût” qui repose par exemple sur une forte informatisation des process administratifs sous-jacents. Ce faisant, il permet à des (ex-) non-consommateurs d’accéder à ce marché. Il élargit donc considérablement celui-ci et vient concurrencer “par le bas” les sociétés déjà établies sur ce marché. Celles-ci rechignent souvent à lutter contre cette nouvelle concurrence car elle se font plus de marge sur le haut de gamme (auprès de leurs “bons clients”). Ce faisant, elles laissent se développer l’innovateur sans s’en préoccuper outre mesure. Pourtant, c’est bien souvent ce genre d’innovation qui peut ensuite conquérir l’ensemble du marché en question. Elle accule alors les offreurs classiques dans un haut de gamme dont la qualité dépasse déjà largement les attentes du marché alors que le produit innovant a progressé au point d’être “sufisamment bon” pour la plus grosse part de ce marché (”le mieux est l’ennemi du bien”).

Plus simplement, comme me le résumait le dirigeant d’un cabinet de conseil humaniste (ou était-ce le dirigeant humaniste d’un cabinet de conseil ?), il s’agirait de vendre à des pauvres des petits pois à l’unité plutôt qu’en boîte de 1 kg. Il y a un peu de ça. Et il est vrai qu’un livre de référence sur le sujet s’intitule “The Fortune at the Bottom of the Pyramid“. L’idée est que notre société est une pyramide à la base de laquelle vit une très large masse de personnes n’ayant qu’un pouvoir d’achat extrêmement faible mais dont la masse totale représente une source de revenus non négligeable pour les entreprises.

Alors, que faut-il penser de cela ? S’agit-il :

  • d’un alibi cynique pour une nouvelle forme de consommation de masse ?
  • d’un concept “à l’américaine” qui n’a pas de validité en Europe ?
  • d’une forme d’entreprenariat réservée aux pays du Tiers Monde ?
  • d’un phénomène économique récurrent que l’on veut faire passer pour une révolution de nos sociétés ?
  • d’un non-phénomène capturé par des journalistes en mal d’effet de mode ?
  • d’une nouvelle manière de profiter de la pauvreté sous couvert d’oeuvre caritative ?
  • d’un levier capitaliste pour changer le monde (en mieux) là où les utopies politiques ont échoué ?

Il y a sans doute un peu de tout cela, mais un peu seulement.

De mon point de vue, il s’agit d’un phénomène économique connu (les innovations ouvrant de nouveaux marchés de consommation de masse) mais qui prend un caractère nouveau lorsqu’il atteint des populations extrêmement nombreuses et extrêmement pauvres. Ce phénomène est alors exploité par des pionniers humanistes qui profitent des forces du marché pour satisfaire leurs idéaux de changement social (ce qui me semble une chose extrêmement bonne !).

Les choses deviendront peut-être plus discutables lorsque l’ère des pionniers sera dépassée et que “les grandes entreprises” seront les premières à investir sur “la vente de petits pois à l’unité”. Elles se présenteront sans doute alors comme motivées par la même volonté de changement humaniste et cette motivation sera justement mise en doute. Mais ce sera sans doute très bien d’en être arrivés là car cela signifiera que le monde économique a dans l’idée que “les pauvres” ont de la valeur… ne serait-ce que dans leur petit portefeuille ! Et vaut-il mieux manger un petit pois vendu à l’unité par une multinationale ou bien mourir de faim car la boîte de petit pois est hors de prix ?

Bref, ce que j’en retiens, c’est que celui qui veut rendre le monde meilleur dispose d’un moyen efficace pour le faire : innover “par le bas” et entreprendre pour vendre à bas coût des produits et services aux plus pauvres qui n’y avaient jusque là pas accès. Bien sûr, l’entrepreneur social peut aller encore plus loin. Il peut par exemple adopter les principes de l’économie de communion pour rendre son entreprise plus résiliente, plus résistante aux crises économiques car ancrée dans une forte solidarité avec ses clients, fournisseurs, employés et investisseurs.

Et chez nous ? La première question qui me vient à l’esprit c’est que, en France, nous n’avons peut-être pas assez de pauvres pour que l’entreprenariat social soit encore vraiment rentable. (Ceux d’entre vous qui n’avaient pas encore vomi en lisant les paragraphes ci-dessus s’y sont peut-être mis ou bien se contentent de s’arracher les cheveux en lisant la phrase précédente. Vous me direz. Mais bon, franchement, si ce n’est pas cela…) Ou peut-être est-ce plutôt notre déficit d’esprit entreprenarial ? Ou le “retard français” en matière de nouvelles technologies ? Ou les effets de Tchernobyl ?… Ou parce que le chapitre français d’Ashoka n’a pas fini de lever son budget d’1,5 millions d’Euros pour identifier les entrepreneurs sociaux français ? La vaste majorité des entrepreneurs sociaux cités en exemple par les fondations et auteurs spécialisés viennent des pays du tiers monde. Certes, il y a bien quelques entrepreneurs sociaux américains… Mais rien en Europe de l’Ouest. Et peut-on encore parler d’entreprenariat social lorsqu’il s’agit simplement d’appliquer au monde associatif un mode de gestion issu de l’entreprise, à la manière du management associatif moderne ?

Qu’en pensez-vous ? Séduits par le concept ? Méfiants ? Enthousiastes ? Critiques ?

A la recherche des Innovations Internet d’Utilité Publique

Wednesday, September 7th, 2005

Cet été, j’ai exploré avec plusieurs d’entre vous la jungle de l’innovation, de l’Internet et des projets d’utilité publique. A l’intersection de ces trois domaines, mon expédition visait à identifier des innovations Internet répondant à des enjeux d’utilité publique.

Intersection de 3 secteurs

Avant de vous raconter cette expérience et de vous inviter à la poursuivre via ce blog, laissez-moi vous dresser le tableau avec quelques définitions préalables :

  • Innovation : cf. qu’est-ce que l’innovation ? pour ma compréhension du sujet ; l’innovation relève pour moi d’une démarche de recherche entreprenariale.
  • Internet : pas de doute, on sait ce que c’est ; mais pour être plus précis, mon intérêt est centré sur les technologies de gestion/traitement des connaissances issues de l’Internet (web sémantique, data mining, personnalisation, technologies pour le knowledge management) et les technologies Internet de mise en relation (social software), bref partout où il y a du lien, de la complexité et des réseaux relationnels (entre concepts, personnes, objets)
  • Enjeux d’utilité publique, intérêt général : le champ est large et couvre aussi bien le monde associatif, le secteur public et l’économie sociale que des services Internet dont on aurait aujourd’hui du mal à se passer (Google est-il devenu un service d’utilité publique ?) ; mon intérêt est plus particulièrement centré sur le développement local.

Cet été, j’ai donc profité de quelques semaines de mes vacances pour explorer cette terra incognita, avec certaines questions en tête. Peut-on profiter des techniques issues de l’Internet pour changer de manière durable (innover) la société (utilité publique) ? Qui en parle et qui en fait ? Que faire (en tant que bénévole ou professionnel) pour contribuer à de telles innovations ? De rencontre en recontre, les questions se sont accumulées : les “innovations Internet d’utilité publique” (IIUP pour les intimes), est-ce que ça existe vraiment ? IIUP = OVNI ? qu’est-ce que c’est précisément ? On trouve assez facilement des exemples d’IIUP relevant de bricolages bénévoles de haute qualité mais cantonnés au monde du bénévolat et de l’amateurisme à petite échelle ; peut-on faire de l’innovation Internet d’utilité publique à grande échelle et avec des moyens vraiment conséquents ?

Voici donc le récit de nos rencontres (je change vos prénoms par anonymat de politesse…).

Chez un gros éditeur logiciel américain, Benoît, directeur commercial a la gentillesse de me recevoir. C’est l’un de mes anciens fournisseurs, avec qui je garde un bon contact. Bon, franchement, les IIUPs, ça le laisse un peu sec. Mais pour lui, pas de doute, il faut regarder du côté de l’Agence pour le Développement de l’Administration Electronique afin de repérer des projets innovants de grande ampleur. La Feuille d’impôt via Internet change-t-elle la société ? Mmm… Benoît m’avoue que, franchement, lui ne se voit que comme un vendeur de plomberie. A la limite, ce pourrait être ses clients qui pourraient faire des choses innovantes avec les logiciels qu’il leur vend. Il pense que l’un de ses collègues pourra peut-être me donner des pistes plus précises car il vend pas mal auprès du secteur public.

La jungle semble bien inextricable dans la région du commerce informatique professionnel : de la techno, certes mais peu ou pas d’innovation et, comme on peut s’y attendre, une absence totale d’utilité publique. Je dois mieux cibler mon approche.

Jean-Louis, vieux loup de l’associatif et du développement local et directeur d’un cabinet de conseil en conduite du changement, me reçoit avec sa générosité habituelle et m’invite dans sa brasserie préférée. Miam. Ma démarche le déconcerte peut-être un peu mais qu’à cela ne tienne, il m’accorde une attention toute perspicace. Il me parle des tentatives d’une grosse ONG française pour approcher les grandes entreprises sur des projets de type IIUP. Il me parle aussi du projet Digital Bridge d’Alcatel. Mais il me met également en garde contre l’auto-enfermement qui me guette si je me concentre sur la techno et les théories plutôt que sur la richesse de mon prochain, contre le mirage de la toute-puissante technologie qui cache l’homme et contre la méfiance voire le dégoût que la plupart des vieux loups du monde associatif conservent vis-à-vis de l’économique et du monde de l’entreprise. Pour me préserver de perdre contact avec mon prochain, il me prescrit la lecture de Simone Weil. Pour poursuivre mon exploration et découvrir des IIUPs, il me recommande de suivre la piste de la (petite) équipe Digital Bridge d’Alcatel.

Je ne suis pas encore passé à la pharmacie bibliothèque mais j’ai déjà compris que je tenais avec Alcatel une piste fragile mais prometteuse. Y a-t-il quelqu’un d’Alcatel dans la salle ? Poursuivons notre exploration.

Philippe est un entrepreneur aguerri dans le terrain du knowledge management. Innovation et KM ça le connaît. En plus, il a des projets plein la tête. Distribuer de la connaissance médicale “prête à l’emploi” à des médecins africains, ça fait longtemps qu’il y pense et qu’il s’y prépare ! Problème… Philippe est préoccupé par de gros soucis avec ses nouveaux associés.

Ce n’est pas le moment pour explorer avec lui plus avant la jungle des IIUPs. Il faut d’abord qu’il se rassure sur son gagne-pain. Ce n’est que partie remise.

J’avais rencontré Daniel dans un cadre associatif. Elu local en province, c’est par téléphone que nous nous entretenons. Il maîtrise parfaitement le sujet des projets coopératifs d’innovation locale grâce aux technologies Internet. Mais la dimension entreprenariale des innovations Internet d’Utilité Publique lui est étrangère. Pas de doute pour lui, l’intersection de l’utilité publique et de la technologie Internet grouille d’initiatives associatives locales, fourmille de projets d’espaces publics numériques, de sites Web citoyens, d’îles sans fils. Mais de là à parler de démarche économique ou de social entrepreneurship, c’est un pas que nous ne franchirons pas ensemble par téléphone. Pour lui, la bonne piste à suivre (si piste il y a), c’est sans doute celle de la FING. Ou peut-être à la limite de France Telecom, mais bon… avec peu d’espoir de succès.

Mmm… La FING, bien sûr, c’est facile. France Telecom, ça m’étonnerait, mais il faudra bien de toute manière explorer cette piste confuse, trompeuse et difficile. Mais par où la commencer.

A la FING, c’est naturellement vers Fabien que je me tourne. Fabien est une sorte de consultant comme on en recontre peu. Il connaît l’économie sociale comme sa poche. Il maîtrise l’Internet comme pas deux. Et les innovateurs, c’est son coeur de métier. Pour couronner le tout, c’est un copain à moi. Bref, l’interlocuteur idéal. Les Innovations Internet d’Utilité Publique, il en rêve. Il regrette les faibles moyens qui sont mobilisés sur ce sujet. Il n’est pas encore très au fait de la mode américaine du social entrepreneurship : mettre la force économique au service d’innovations d’intérêt général. Sans parler d’économie de communion. Mais il pense que c’est une piste qui a du sens. Peut-être ne découvrirais-je pas d’Eldorado des IIUPs mais ça ne l’étonnerait pas qu’un jour… quelqu’un comme vous, lui ou moi contribue à en construire. Il m’aide donc à cibler au mieux la poursuite de mon exploration, me suggère de vous raconter toutes mes découvertes sur mon blog et m’ouvre tout son carnet d’adresse (qui est sans fond, j’en témoigne).

Il m’introduit notamment auprès de son boss, Daniel et auprès de Claude (France Télécom). Il me semble qu’on avance ! Merci !

Daniel, consultant expérimenté en innovation publique et grand chef de la FING, se révèle également d’une grande sensibilité à l’intérêt de ma quête des IIUPs. Il y contribue à son tour en me recommandant auprès de responsables de l’innovation de plusieurs de nos vénérables institutions publiques françaises. Pour lui, les acteurs les mieux placés pour mener des IIUPs sont sans aucun doute les collectivités territoriales. L’Etat a-t-il encore vraiment les moyens de mener de telles innovations à grande ampleur ?

Il faut poursuivre dans ce sens. Chemin faisant, les contacts et les pistes se multiplient mais je sens que j’avance dans la bonne direction. Je sais déjà que je ne suis pas le seul à croire à la possibilité de changements sociétaux de belle ampleur et motorisés par des technologies issues de l’Internet. Les IIUPs ne sont pas des OVNIs (“je veux y croire” en tout cas). Allez, en avant…

C’est dans la jungle du RER que je tombe sur mon étape suivante : j’y reconnais Xavier. Je l’avais rencontré sur recommendation d’un très bon ami à une époque où je m’intéressais au rôle des ingénieurs dans le secteur public. Si je ne me trompe pas, il doit en connaître un rayon sur les innovations dans le secteur public. Pour peu qu’il s’intéresse à l’Internet… Je l’aborde et lui demande ce qu’il devient. Surprise : il dirige justement des recherches sur le knowledge management pour un grand ministère ! Double-surprise, un ministère s’intéresse au knowledge management à tel point qu’il finance des projets de recherche sur le sujet ! Xavier m’accorde donc un bon morceau d’après-midi pour que nous partageions nos passions communes et notre intérêt pour les innovations Internet d’utilité publique. J’y découvre comment les techniques de représentation des connaissances pourraient être utilisées pour formaliser l’expertise métier contenu traditionnellement dans les énomes annexes techniques des plus gros appels d’offres publics. J’imagine le champ des applications : aide au dépouillage des réponses à des appels d’offres complexes, contrôle semi-automatisé de la conformité des livrables des appels d’offres, formation des nouveaux ingénieurs du secteur public, etc. Comme pour de nombreux autres business, les métiers traditionnels de l’Etat peuvent avoir à gagner à mieux gérer leurs connaissances. J’y apprends également l’existence de projets d’universités en ligne ouvertes dont l’un des objectifs est de démocratiser l’accès à la connaissance par la mise en commun de contenus pédagogiques d’intérêt public. L’université de Phoenix, leader privé de l’enseignement en ligne, sera-t-elle un jour concurrencé par des services publics européens d’enseignement en ligne pour ingénieurs par exemple ? De tels projets se préparent mais n’en sont qu’à l’état larvaire semble-t-il. Et, encore une fois, ils semblent s’appuyer davantage sur du bénévolat et l’(in)attention bienveillante de l’Etat que sur une démarche volontaire d’innovation durable et économiquement viable. Comment aller plus loin ?

Il est temps de suivre les pistes repérées précédemment. Comment ça se passe du côté des collectivités locales ?

Alain dirige les projets “nouvelles technologies” d’un conseil général rural . Alain, l’un de mes anciens clients, a un profil rare : c’est un ancien entrepreneur reconverti au secteur public. L’économique, il sait ce que c’est. La techno, ça le fait vibrer. Et le secteur public, il y consacre sa vie professionnelle. Il me confirme immédiatement que ce sont les collectivités territoriales qui sont les plus susceptibles d’être innovantes en matière de nouvelles technologies (comparées à l’Etat). Ceci s’explique notamment parce qu’elles ont une pression (électorale) beaucoup plus immédiate et des enjeux plus concrets à traiter. Cependant, les budgets ne suivent pas forcément les augmentations de responsabilité (et d’effectifs). Pour Alain, les facteurs clefs de succès pour un conseil général qui veut mener à bien des projets numériques sont le fait de pouvoir s’appuyer sur des grosses communes, de savoir gérer des relations multi-partenaires et de savoir faire face à l’usager-client. Alain se prend à rêver avec moi aux départements qui lui semblent avoir les plus beaux challenges à relever (et les plus importants moyens ? ) en matière de nouvelles technos pour mener des innovations d’utilité publique : le 93 et le 59. En administration centrale, c’est peut-être le ministère des finances qui est l’administration la plus intéressante de son point de vue. Mais bon, personnellement, je ne me sens pas vibrer devant une feuille d’impôt fut-elle électronique. OK, c’est utile. Et c’est innovant. Un peu. Un tout petit peu, à mon avis. Mais je suis exigeant en la matière. Alain m’indique quelques références de consultants spécialisés sur son domaine. Mais j’ai déjà renoncé à trouver des consultants porteurs d’innovation. Le métier du conseil consiste trop souvent à limiter au maximum les risques (du consultant et, parfois du client) et à resservir le plus grand nombre de fois les mêmes recettes et ce, le plus cher possible. Le métier du conseil, c’est de comprendre le client, pas de prendre des risques à sa place. Confirmant les indications de Daniel de la FING, Alain me recommande de me raprocher de la Caisse des Dépôts : au croisement de l’économique et des collectivités locales, la CDC doit avoir une vue privilégiée des innovations Internet d’utilité publique auxquelles nous rêvons.

Sur ces bons conseils, je me taille donc un chemin jusqu’à la caisse des dépôts. J’y découvre une équipe dédiée à l’innovation au service des collectivités locales et des usagers des services publics. Ai-je enfin découvert l’eldorado des innovations Internet d’utilité publique ? Peut-être en partie. On y parle investissement raisonné dans de nouvelles offres de services publics économiquement rationnelles voire profitables à long terme. Comme souvent, les premiers sujets explorés ont été les infrastructures : espaces publics numériques pour l’accès du public à l’Internet dans des lieux publics, et depuis quelques années infrastructures réseaux et alternatives aux offres de l’”opérateur historique” (il faudra que je finisse par aller le voir, celui-là aussi…). Mais on parle aussi de service public en ligne personnalisé, de cartable numérique et autres grands projets d’utilité publique. Et les moyens mobilisés dans la Caisse des Dépôts semblent bien réels, au moins en terme de personnel. Bien sûr, la caisse n’a pas une culture d’innovation façon Silicon Valley ! Mais se pourrait-il qu’au sein d’une si vénérable et rhumatisante structure susbiste une petite équipe d’irréductibles innovateurs ? Se pourrait-il que tous ces projets d’innovation réussissent à éviter les écueils des clientélismes politiques et des échéances électorales tout en restant axés sur de véritables enjeux d’utilité publique ? Ce serait tellement bien si c’était vrai… Ce n’est pas ce premier entretien qui me permettra de me faire une idée définitive sur la question. En tout cas, j’ai encore une fois obtenu la confirmation qu’il existe des projets Internet d’utilité publique menés par des acteurs sérieux et y mobilisant des moyens importants en argent et en compétence. Bonne nouvelle pour les collectivités ! Par contre, on est dans le registre du gros projet structurel davantage que dans la bidouille agile et productrice de ruptures sociales et économiques profitables. On est dans le raisonnable et dans le planifié, pourriez-vous me dire : on ne change pas la société avec de la techno ? Quoique, il faut bien la changer avec quelque chose, non ? Ou bien, à tout le moins, les projets les plus innovants menés par la Caisse des Dépôts (cartables numériques, …) sont encore loin d’avoir fait leurs preuves. Et ces preuves ne semblent attendues qu’à long terme. De la Caisse des Dépôts à la startup, il y a une différence, non ? OK.

Bonne pioche avec la caisse des dépôts. Cette étape de ma recherche a été fructueuse en renseignements et en prises de contact. Voila une équipe centrée sur les innovations Internet d’utilité publique, pas de doute, même si l’approche adoptée semble bien loin du social entrepreneurship d’une part, de la garage company d’autre part. Mais il ne faut pas s’en étonner, on reste dans le domaine du financement de projets du secteur public.

Et l’opérateur historique, alors ? Fabien m’a mis en contact avec Pierre. Pierre, chercheur et entrepreneur dans l’âme, connaît par coeur France Telecom pour y travailler depuis longtemps déjà. Pierre m’accueille chaleureusement au centre de recherche de France Telecom et me met immédiatement au parfum : faut pas rêver, c’est pas chez FT qu’on trouvera de l’innovation Internet d’utilité publique. D’ailleurs, d’après lui, la rumeur est exacte : on n’y trouvera pas d’innovation tout court. FT a un beefsteak à défendre et il se passera encore longtemps avant que FT ne se retrouve en situation tellement concurrentielle qu’il sera forcé à innover pour conquérir de nouveaux marchés. Le trait est sans doute un peu forcé mais à peine. Et, bureaucratie faisant, ce n’est pas un environnement propice à l’innovation. Mais alors, pourquoi ces observations ne s’appliqueraient pas également à la caisse des dépôts ? En appliquant mes observations de la caisse des dépôts, et en étant optimiste, on peut au mieux imaginer qu’il existe chez FT quelques écosystèmes de niche internes au sein desquelles susbsitent des équipes mobilisant des moyens importants pour construire et commercialiser des offres de services nouvelles et répondant à des besoins d’acteurs publics ou de véritables attentes sociales ?

Pierre a en tout cas achevé de me décourager à chercher dans l’immédiat des pistes d’IIUPs chez France Telecom. Au contraire, il me donne généreusement de nombreuses pistes pertinentes à explorer dans son carnet d’adresses.

Une de mes anciennes collègues de travail m’avait fait découvrir l’économie de communion. A l’occasion d’une conférence sur ce thème, je rencontre la directrice d’un groupe agro-alimentaire. Celle-ci cherche maintenant à mettre ses compétences managériales et entreprenariales au service d’enjeux d’utilité publique, sur des thématiques de développement durable. Peu familière de l’univers des nouvelles technologies, elle m’invite cependant à rencontre Bernard un business angel qui cherche à répondre à des problématiques d’utilité publique par les outils du financement et de l’accompagnement de petites entreprises. Celui-ci évoque avec moi quelques projets sur lesquels il travaille. Il se révèle l’une des rares personnes rencontrées qui se situe à l’exact croisement des démarches d’innovation et de réponse à des enjeux d’utilité publique, plus particulièrement environnementales. Il me prouve, si cela était nécessaire, que les acteurs du secteur public sont bien loin d’avoir le monopole des innovations d’utilité publique. Nous évoquons ce en quoi l’Internet pourrait être utile pour de tels projets : du plus utopique avec la commercialisation de services en lignes de médiation appliqués au développement local jusqu’au plus prosaïque avec celle de services en ligne d’information sur la qualité de l’environnement dans les grandes villes françaises. Bernard semble un pont rare entre pur entreprenariat et économie sociale. Il serait sans doute une aide précieuse pour les social entrepreneurs qui émergeront un jour sur les marchés français.

Je ne peux terminer cette expédition estivale sans prendre le temps d’appeler mon pote Jean-Paul. Jean-Paul, ancien directeur d’association est aujoud’hui consultant Internet expérimenté auprès de collectivités locales et du tiers secteur. Il m’explique pourquoi son projet de création d’entreprise d’insertion par les nouvelles technologies n’a jamais pu voir le jour : l’incompétence professionnelle d’institutionnels de l’insertion pour l’économique y est pour quelque chose. Le dégoût et la méfiance des “vieux roudoudous du monde associatif” n’y sont pas pour rien. Alors, tout espoir est-il perdu de voir un jour des innovations privées répondant à des enjeux d’utilité publique à l’aide des technologies Internet ? Jean-Paul pense qu’aujourd’hui, les seuls acteurs qui peuvent prétendre à faire du sérieux dans le domaine, ce sont les équipes d’ingénierie des télécommunications des grosses ONG internationales, quoique ce ne soit certes pas dans une démarche entreprenariale. Alors, où verra-t-on de vraies IIUP demain ? Il hésite un instant et me confie : l’enjeu d’utilité publique auxquelles de telles innovations pourraient répondre de la manière la plus profitable, c’est le financement de micro-projets associatifs. Oh-oh ! Voila qui m’inspire… Il faudra que je (lui et) vous présente bientôt le projet que cette idée m’inspire.

Cette expédition a pris fin dans le courant de l’été : il fallait bien que je parte véritablement en vacances à un moment donné, non ?! Récapitulons les questions que je me posais initialement et mes conclusions à ce stade de mes recherches :

  • les innovations Internet d’utilité publique ne sont plus totalement terra incognita puisque je suis revenu vivant de cette expédition pour vous en parler
  • Peut-on répondre durablement à des enjeux d’utilité publique avec l’Internet ? Je n’en ai pas acquis la preuve mais nous sommes nombreux à y croire, alors pourquoi pas.
  • Les IIUPs, est-ce que ça existe vraiment ? est-ce un OVNI ? Peut-on faire de l’innovation Internet d’utilité publique à grande échelle et avec des moyens vraiment conséquents ? Ces entretiens m’ont permis de rencontrer plusieurs personnes affirmant qu’ils ont vu voire rencontré des IIUPs. Pour certains, il s’agit même de sujets de travail sur lesquels sont mobilisés des moyens significatifs dans quelques grandes organisations.
  • Qui s’est déjà attelé à de tels projets ? La carte ci-dessous récapitule les principaux acteurs que j’ai pu répérer et/ou rencontrer jusqu’ici. Il me faudra un jour positionner sur cette carte des acteurs tels que le Réseau Idéal, 6nergies, Ilog, Sofrecom, l’UNIT Consortium, Sopinspace, la DATAR, Ashoka, Navidis, Novethic et d’autres…

Acteurs des innovations Internet d'utilité publique

Malheureusement, l’été a été trop court pour explorer toutes les pistes qui se sont offertes à moi. Et, reprise oblige, j’ai moins de temps pour explorer ces pistes par des entretiens face-à-face (sauf à déjeuner ensemble, bien sûr). Alors je me tourne également vers vous pour m’aider à affiner ces idées. Comment croiser, en France, utilité publique, entreprenariat et nouvelles technologies ? Ces ingrédients peuvent-ils prendre en mayonnaise ? Où sont les grands Chefs cuistot en la matière ? J’aimerais savoir ce que tout cela vous inspire. Comment voyez-vous les choses ? Qui peut me donner plus de tuyaux à ce sujet ? Comment poursuivre cette exploration et dans quelles directions ?

Les Fondations en France

Tuesday, June 21st, 2005

En France, les Fondations sont des structures qui allouent des moyens financiers à des “causes” diverses. Les Fondations sont des organisations sans but lucratif qui sont sensées être des championnes de “l’utilité publique”, de l’ “intérêt général”. Voici quelques pointeurs qui vous permettront de mieux les connaître :

Semantic Web reports for corporate social responsability

Thursday, May 26th, 2005

With that amount of buzzwords in the title, I must be ringing some warning bells in your minds. You would be right to get cautious with what I am going to say here because this is pure speculation. I would like to imagine how annual (quarterly ?) corporate reports should look like in some near future.

In my opinion, they should carry on the current trend on emphasizing corporate social responsability. In order to do so, they should both embrace innovative reporting standards and methodologies and support these methodologies by implementing them with “semantic web”-like technologies. In such a future, it would mean that financial analyst (and eventually stakeholders) should be able to browse through specialized web sites which would aggregate meaningful data published in these corporate reports. In such specialized web sites, investors should be able to compare comparable data, marks and ratings regarding their favorite corporations. They should be given functionalities like the one you find in multidimensional analysis tools (business intelligence), even if they are as simplified as in interactive purchase guides [via Fred]. In such a future, I would be able to subscribe to such a web service, give my preferences and filters in financial, social and environmental terms. This service would give me a snapshot of how the selected corporations compare one to each other regarding my preferences and filters. Moreover, I would receive as an RSS feed an alert whenever a new report is published or when some thresholds in performance are reached by the corporations I monitor.

Some technological issues still stand in the way of such future. They are fading away. But a huge amount of methodological and political issues stand there also… What if such technologies come to maturity ? Would they push corporations, rating agencies, analysts and stakeholders to change their minds and go in the right direction ?

An open source foundation for Fortune 500 companies

Thursday, March 31st, 2005

Another un-used business idea to recycle… please follow me :

  • Fortune 500 companies produce a lot of in-house developments, reinventing the wheel again and again, especially in the field of non-critical, non-business applications : reporting applications, technical asset management, collaborative tools, IT security, identity management, content management… Each of them is sitting on a consequent catalog of custom-made “commodity” applications that they develop and maintain on their own.
  • Most of these non-critical-non-business-in-house developments have a limited value but a high cost for businesses.
  • The main priority of corporate IT departments is to reduce their costs ; most of them rely on outsourcing applicative developments to some extent.
  • Open source is now somewhat trendy even among Fortune 500 corporations ; it is reaching a high level of visibility and acceptability.
  • The open source model proposes an optimization of the costs sketched above by sharing them among several users of commodity applications, i.e. by open sourcing them.
  • The “open sourcing” of custom-made applications by Fortune 500 companies would be an alternative to the classical outsourcing of these development and maintenance costs.
  • The offshore outsourcing of corporate development is seen as a threat on jobs for IT programmers in northern countries ; but the open sourcing of this software could be seen as more acceptable.
  • These IT departments are currently converging to common technological frameworks : .Net, J2EE, open source scripting ; that movement enhances their capability to absorb “foreign” developments ; and the standardization of their architectures tends to enhance the re-usability of their in-house developments.
  • Open source foundations are legal entities designed to own the intellectual property of open source applications, to guarantee that the open source licence they are distributed under will be enforced, to promote these applications so that their communities are thriving and the applications make gains in terms of reliability, quality and sustainability.
  • The distribution of software under open source licences is said to represent the highest value transfer ever from rich countries to developping countries.
  • The open sourcing of these Fortune 500 applications would be a positive change both for big corporations themselves and for smaller companies especially in third world countries.
  • Social entrepreneurship is becoming a hot topic today even in mainstream media ; this initiative might qualify as a social entrepreneurship initiative ; the public usefulness of such a move might justify the legal creation of a foundation in France.
  • Recently, in France, foundations have gained in acceptance by big businesses since a new tax law offers higher opportunities for tax reductions.
  • I still work as an IT manager in the global IT department for a Fortune 100 company in France ; our CIO would see such an open source foundation as a positive initiative but, as a cautious manager, he is dubious regarding the willingness of other CIOs of Fortune 500 companies (in France) to share their custom codes under an open source licence.

You work in/for a big corporation willing to reality-check this idea ? What do you think ?

Recycling un-used business ideas

Thursday, March 31st, 2005

As a former entrepreneur and a compulsive innovator, too many ideas of new businesses tend to leak out of my mind. Most of them are very so-so and I will not implement them. But it would be stupid not to recycle them in my process of open-sourcing my quest for networked intelligence. In simpler words : let’s share with you some more or less stupid business ideas. They will come into my usual wishlist. Your comments will be very much appreciated. Let’s start with an idea on … recycling laptops into digital frames.

If you read Slashdot, you will be familiar with this kind of digital frame. The idea is that many do-it-yourself guys can turn old laptops into digital frames displaying holiday pictures as slideshows in the living room. Let’s consider the facts :

  • laptops are expensive to recycle and a dangerous waste for the environment ; users companies and retailers (or cities) pay for getting rid of them
  • DIY guys can turn them into digital frames
  • I’d like to have such a digital frame equipped with a wifi connexion in order to display the pictures freshly taken from my digital camera
  • the digital frame might be the ideal companion for digital cameras (more than printers ?)
  • this business idea has already been implemented but I imagine this is a quite a small niche market.
  • In France, the Envie company “recycles” jobless people into experts in recycling electronic equipment.

Why not implement this business in Europe with a lower cost solution : either offshore or locally within the social economy sector ?

Economie de la communion : utiliser l’entreprise pour rendre le monde meilleur

Wednesday, March 9th, 2005

L’économie de la communion est un concept issu d’un mouvement charismatique de l’Eglise catholique appelé les Focolari. Autant les Focolari semblent avoir une saveur un peu hippie-catho/communautaire/charismatique qui peut faire peur ou rigoler, autant l’Economy of Communion (EoC) est un concept que je trouve très percutant et pertinent, notamment mis en perspective du phénomène open source avec lequel il partage de nombreux points communs du point de vue idéologique tout du moins. Il s’agit d’un concept d’autant plus percutant qu’il a déjà été adopté et mis en oeuvre au sein de plus de 700 PME en Italie, au Brésil et ailleurs.

Les ambitions de l’EoC

L’Ecole pour les Entrepreneurs de l’Economie de la Communion propose à des dirigeants d’entreprise de les aider à comprendre

comment il [leur a été] possible de [...] faire les bons choix : en étant les premiers à aimer les autres, en induisant ainsi un amour réciproque au sein de la firme, ce qui à son tour attire l’attention des cieux et l’action de notre partenaire caché et divin directement au sein de l’entreprise

Tout un programme théologico-économique ! Mais qu’est-ce qui se cache sous ce jargon catho ? Les entrepreneurs de l’EoC se donnent comme objectif de

démontrer qu’il est effectivement possible d’appliquer la communion dans l’économie et montrer ainsi que ce nouveau comportement économique est basé sur une rationnalité plus large qui anticipe un modus operandi qui deviendra inévitable dans un futur raisonnable.

D’après le professeur Bruni,

L’EoC espère transformer les structures d’entreprise de l’intérieur en réussissant à éclairer les relations internes et externes des sociétés à la lumière d’un style de vie basé sur la communion c’est-à-dire sur le ‘don réciproque’ que ce terme implique [...] Le challenge de l’EoC est de relire les pratiques organisationnelles quotidiennes à la lumière de cette notion de don et de communion.

Tout cela a vraiment l’air d’avoir quelque chose en commun avec les challenges (et l’idéologie) de l’économie open source : économie du don, pratiques communautaires, comportement et rationnalité économiques paradoxaux mais promis à un large succès… L’économie de la communion est-elle l’open source de l’Eglise catholique ?

Les difficultés auxquelles s’affronte l’EoC

Si les entreprises telles qu’on les connaît ne sont pas toujours des petits nids d’amour, c’est que

le raisonnement moral des gens [y] est coupé des réalités profondes de leurs vies, créant ainsi ce que de nombreuses personnes appellent “une vie fracturée”. C’est je pense l’une des raisons principales pour lesquelles construire des communautés authentiques au travail est si difficile. [...] Il y a une forte tentation dans l’organisation de voir toute chose professionnelle [...] comme un simple instrument d’accès aux profits ou au succès individuel. [...] L’ubiquité [de ce type de rationnalité] exclut toute forme de rationnalité morale [...] Cette rationnalité instrumentale tend à concentrer la responsabilité sociale de l’entreprise sur [...] le don de bénéfices à des pauvres [(mécénat caritatif)], le don de temps personnel à des activités caritatives, la fourniture d’avantages divers aux employés, etc. au détriment de la manière dont s’effectue réellement le travail [quotidien] telle que la manière de rémunérer les gens, de concevoir les postes de travail, les processus de prise de décision, le marketing, les structures de propriété [(d'actionnariat)], la stratégie, le gouvernement d’entreprise, etc. L’instrumentalisme ambiant empêche la transformation morale et spirituelle de la manière dont chacun appréhende son travail et sa manière de travailler.

Du point de vue théorique, les tenants de l’EoC défendent que la théorie économique entre dans le champ plus large des théories morales, que l’idée selon laquelle la rationnalité économique est guidée par l’optimisation de ses stricts intérêts par l’individu a ses limites, qu’il n’est pas théoriquement impossible qu’un système économique tout entier puisse petit à petit voir des formes de rationalité économiques paradoxales devenir monnaie courante et qu’enfin une rationalité économique basée sur la notion chrétienne de communion (ou, plus largement, sur le don réciproque) est tout à fait… rationelle. Finalement, du point de vue théorique, l’EoC essaie de renvoyer l’homo economicus à la responsabilité morale qui guide forcément ses comportements économiques.

L’EoC en pratique

Les entreprises de l’EoC pratiquent la distribution d’une partie de leurs bénéfices à des oeuvres caritatives. Mais Lorna Gold explique que

la logique de communion [qui sous-tend l'EoC] ne se limite à cette dimension de distribution. Elle concerne la manière dont on traite les clients, la structure de tarification, la gestion de crises, la gestion des débiteurs etc. Très clairement, l’efficacité globale est essentielle, mais l’approche “au cas par cas” domine et est guidée par le désir de comprendre les besoins de son prochain.

En prenant l’exemple des politiques de rémunérations, Naughton note que

les rémunérations sont génératrices d’insatisfaction et non de satisfaction. Les rémunérations en elles-mêmes ne peuvent bâtir une communauté mais peuvent empêcher une communauté. [...] [Du point de vue chrétien] le travail ne peut jamais être réduit au salaire versé. [...] Il vaut mieux éviter de parler des salaires comme un échange [économique] mais plutôt comme éléments d’une relation de travail entre employeur et employé, relation qui a en son centre une dimension de don qui peut servir à renforcer une communauté professionnelle. [Cependant, il faut bien noter que] certains postes sont conçus tellement mal, de manière tellement idiote et bureaucratique qu’il devient très difficile [pour l'employé] de pouvoir faire preuve de don dans une telle situation. [Selon l'EoC, trois principes doivent guider les décisions de rémunérations :] satisfaire les besoins des employés (salaire minimal), reconnaître leurs contributions (salaire équitable), permettre un ordre économique durable pour l’entreprise (salaire durable).

Pour Michael Naughton, cet exemple des politiques de rémunérations illustre bien du point de vue de l’EoC

l’art de la réflexion de niveau intermédiaire qui fait le lien entre la théologie de la communion et les pratiques opérationnelles et quotidiennes de l’entreprise

Leo Andringa illustre la question des relations hiérarchiques dans l’entreprise et des modèles organisationnels en évoquant le fait que

l’organisation des entreprises est un “résidu de la société féodale”. Les idées révolutionnaires de liberté et d’égalité ont influencé l’Eglise, la famille et les institutions mais [...] à l’opposé, n’ont pas touché l’essence capitaliste du système de l’entreprise. [... ] Du point de vue de la théorie de l’organisation, il est clair qu’une organisation [...] ayant une finalité unique exprimée en cibles financières (chiffre d’affaires, bénéfices, trésorerie, valeur pour l’actionnaire) peut être relativement simple et [...] très hiérarchique. [Mais] la principale motivation de l’entrepreneur EoC est de vivre la communion dans un environnement commercial. [...] Plus l’objectif d’une organisation est complexe [...] plus sa forme organisationnelle le sera.

Benedetto Gui précise que, dans l’EoC,

être un entrepreneur (ou un dirigeant ou quiconque ayant des responsabilités dans l’entreprise) est vu comme une véritable vocation : la vocation d’atteindre des valeurs élevées (et même des valeurs spirituelles) à travers l’accomplissement de tâches séculaires.

M. Andringa cite son expérience personnelle et ses relations en tant que patron avec son assistant :

Chaque fois que j’avais une décision importante à prendre pour l’entreprise, je lui faisais part de mes motivations et arguments. Il était une sorte de miroir pour moi. Lorsque je lui exposais mes arguments, je sentais immédiatement si ils tenaient ou non la route. En tant que directeur, c’était une expérience particulière que de prendre les décisions en [communion]. C’était une réalité que je vivais déjà dans ma vie privée et dans ma famille mais je la transposais pour la première fois dans la réalité de la direction d’une entreprise. [...] En pratique, on voit qu’un grand nombre d’entrepreneurs veulent confronter leurs décisions d’importance avec autrui. [...] Il est clair qu’une telle vision de l’entreprise ne peut se concrétiser sans la coopération de la majorité des actionnaires et la coopération ou la connaissance de la plus grande part des employés. Ce n’est que dans les entreprises où la communion est à tous les niveaux que ceux qui ont les rênes de l’entreprise peuvent être l’expression de la solidarité plutôt que celle de leur vision personnelle.

Le lien entre l’EoC et la responsabilité sociale des entreprises

Leo Andringa rappelle que

bien que de nombreuses multinationales ont gardé leurs oeillères fixées sur la croissance de leurs profits, nombre d’entre elles se sont impliquées dans l’augmentation de leur responsabilité sociale d’entreprise. [...] La philosophie de l’EoC ne coïncide pas avec ce que l’on appelle maintenant la “Corporate Social Responsability” : en fait l’EoC a une responsabilité environnementale “par vocation” et non pour des buts de communication, d’image ou de [réponse à une] pression sociale. [L'EoC] exige beaucoup plus. [...] Comment l’entreprise peut-elle réconcilier les intérêts de tous ceux qui dépendent d’elle : les actionnaires, les clients, les fournisseurs, la société civile ? Du point de vue [de l'EoC] il n’y a pas de réponse théorique à ce problème. Lorsqu’il est impossible de résoudre ce problème méthodologique à un niveau matériel, une solution est à trouver à un autre niveau [(spirituel, moral)].

Les atouts des entreprises EoC

Benedetto Gui explique que

les préoccupations [éthiques] des entreprises EoC font peser une charge additionnelle sur les dirigeants qui se sentent dans l’obligation implicite de garantir à leurs employés non seulement de bons emplois mais également des occasions de développer des relations interpersonnelles positives et de s’engager dans leurs activités professionnelles en accord avec leurs valeurs morales. Cependant, il y a un avantage à cet inconvénient : celui d’un surplus de motivation et de mobilisation de ressources volontaires. C’est grâce à ce phénomène que de nombreuses entreprises EoC survivent ou même connaissent le succès, malgré le “handicap” que représente leur adhésion à des principes de comportements telles que le respect de l’environnement, de la loi, etc.

Un témoignage dans le magazine de l’EoC illustre ce phénomène : Marcelle, responsable d’une toute petite exploitation agricole en Côte d’Ivoire, raconte sa surprise lorsqu’elle a constaté que ses ouvriers venaient prendre soin des plantations pendant leurs congés ou lorsque les événements politiques l’ont éloignée de son exploitation…

Avez-vous déjà repéré des sociétés françaises pratiquant l’économie de la communion ?

Carnets Web d’entreprise : l’exemple R.H.

Wednesday, April 14th, 2004

Ce carnet Web tenu à jour par deux responsables R.H. en recrutement, de chez Microsoft, est un très bon exemple de carnet Web d’entreprise. Ce qu’apportent ces carnets à Microsoft : un lien d’animation avec la communautés des candidats à l’embauche chez Microsoft, une manière d’optimiser le processus de recrutement (les candidats postulent en étant tous mieux préparés), une meilleure lisibilité de la politique d’embauche de Microsoft, l’image d’une entreprise à visage humain. Il y a sans doute d’autres avantages fournis par les carnets Web pour soutenir la fonction R.H. de recrutement des grandes entreprises. Je vous laisse imaginer (et laisser vos idées éventuelles ici pour que tout le monde en profite !).

Prospective en entreprise et développement durable

Thursday, March 11th, 2004

La Tribune fait le point sur la place des études prospectives dans les grandes entreprises françaises. Cet article m’inspire les questions suivantes : si le développement durable doit vraiment prendre une place (durable, elle aussi) dans la stratégie des entreprises (et non pas seulement dans leur rapport annuel), alors quel rapport doit-il exister entre développement durable et prospective ou planification stratégique ? Par ailleurs, de même qu’il existe deux modèles organisationnels pour la génèse de l’innovation, endogène (culture interne de l’innovation) et exogène (innovation achetée par acquisition ou par conseil), en est-il de même pour la prospective ? Autrement dit, comment faire pour que la prospective puisse se faire dans l’entreprise et par l’entreprise (par ceux qui ont les mains dans le cambouis) et non pas hors de l’entreprise (consultants) ni dans une tour d’ivoire ?

Développement, développement, développement

Tuesday, February 24th, 2004

Développement local grâce à la microfinance, développement durable parce que c’est triplement bien, développement informatique parce que c’est efficace pour transférer des connaissances, tout y est : visitez le nouveau site de la microfinance pour l’Asie du Sud-Est. Leur site est tout neuf, il sent encore la peinture fraîche mais on imagine déjà le potentiel d’un tel site : devenir une plate-forme d’échange et d’animation entre acteurs de la microfinance dans le Sud-Est asiatique. A noter : l’existence d’une newsletter dédiée à l’informatique au service du microcrédit. Cette initiative est soutenue par l’O.N.G. Planet Finance.

OSBL du secteur sanitaire et social

Tuesday, February 24th, 2004

Quelles sont les plus gros employeurs parmi les Organisations Sans But Lucratif ? Nous avons vu que les sous-secteurs de l’économie associative qui sont les plus importants en termes de budgets consommés sont celui d’abord de la culture et des loisirs puis celui de l’action sanitaire ou sociale et enfin celui de l’éducation et de la recherche. Lorsque l’on regarde les plus grosses subventions nationales, l’Etat semble essentiellement financer les secteur de la culture, des loisirs et de l’éducation à l’exclusion des secteurs sanitaire et social. C’est d’autant plus surprenant que le premier ministère bailleur de fonds est celui des affaires sociales, du travail et de la solidarité et que ce sont les associations de ces deux secteurs qui sont les plus gros employeurs de l’ensemble du secteur associatif.
Alors quels sont ces mystérieux employeurs associatifs du secteur sanitaire et social qui survivent avec un moindre soutien de l’Etat ? Quelques indices nous mettent sur la voie de l’UNIOPSS et des organismes nationaux qui y sont rattachés. On peut donc citer, en vrac : l’Union Nationale des Associations de Soins et Services à domicile, l’Union Nationale des Amis et Familles de Malades Psychiques, l’Union Nationale des Associations de Parents et Amis de Personnes Handicapées Mentales, l’Union Nationale des Associations d’Aide à Domicile en Milieu Rural, le Secours Populaire, le Secours Catholique, la Ligue contre le cancer, le Fonds Social Juif Unifié, la Fédération Nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion Sociale, la Fédération de l’Entraide Protestante, la Fédération Nationale des Centres Sociaux et Socioculturels, la Croix-Rouge Française, l’Association pour le Droit à l’Initiative Economique, l’Association des Paralysés de France mais aussi l’Association Pour Adultes et Jeunes Handicapés, la Fédération des Etablissements Hospitaliers et d’Assistance Privés à but non lucratif, la CCOMCEN (ne me demandez pas ce que signifie cet acronyme). Une autre piste pour faire connaissance avec ce secteur : celle des syndicats d’employeurs présents dans ce secteur.

Economie solidaire et TIC

Thursday, January 29th, 2004

Jacques Prades, de universitaire toulousain, étudie la faisabilité de l’exploitation des technologies de l’information pour le bénéfice de projets relevant de l’économie solidaire. Il évoque le “bluff technologique” des discours sur la “démocratie électronique”, les “autoroutes de l’information”, les “technopôles” ou la “fracture numérique” et considère que :

utilisées sur des terrains en marge où cherchent à se construire de nouvelles socialités, les nouvelles technologies peuvent participer à des logiques économiques novatrices lorsque l’outil nourrit un projet politique.

Jacques Prades place le développement des TIC comme la poursuite du mouvement de la révolution industrielle, qui a permis l’apparition des prothèses physiques que sont les machines mécaniques, les TIC offrant des prothèses cognitives.
Inspiré par l’image des prothèses cognitives, je soumets à votre sagacité une autre image, mais de mon invention : celles des machines cognicoles. Cette idée consiste à établir un parallèle entre d’une part la mécanisation de l’agriculture qui a permis de passer d’une agriculture “artisanale” à faible productivité à l’agriculture “industrielle” moderne (avec toutes les problèmes sociales et économiques associées et d’autre part l’informatisation de l’économie des services. Plus particulièrement, dans un domaine comme le développement open source, qui me semble relever de mécanismes de développements à caractère d’artisanat à grande échelle, n’y a-t-il pas une opportunité de gains de productivité grâce aux “machines cognicoles” que constituent des outils comme les wikis, les logiciels de bug tracking (bugzilla, …), les logiciels de gestion de source ? De même que l’on parle d’agriculture, peut-on parler de cogniculture pour désigner l’activité qui consiste à produire, manipuler et transformer des savoirs ? Je pense par exemple aux activités d’enseignement, de formation, de conseil, de création de contenus, de recherche, de création de logiciels. Fermons la parenthèse pour poursuivre avec Jacques Prades…
Il évoque le risque de glissement de motivation qui menace les structures de l’économie solidaire :

plus l’activité devient pérenne et plus le fonctionnement quotidien de l’activité économique l’emporte sur le combat politique, phénomène renforcé par l’observateur qui tend à gommer l’acte militant pour ne retenir que les logiques qui fonctionnent. Ces logiques sont toujours tiraillées par l’attraction du marché qui garantit une autonomie de décision vis-à-vis de l’Etat et celle de l’Etat qui tend à institutionnaliser les structures.

Jacques Prades présente ensuite un panorama de l’économie solidaires en distinguant différentes structures économiques dont le mobile est d’ordre politique : des entreprises “classiques” se prétendant solidaires en se dotant de chartes éthiques, l’Etat qui adopte une gestion associative des politiques publiques en déléguant à des associations certaines de ses prérogatives “solidaires”, les structures combinant marché et Etat telles que les crèches parentales et les régies de quartier, et certaines structures coopératives innovantes (LETS, …).
La différence principale entre l’économie “classique” et l’économie “solidaire” relèverait de la relation de ces structures à l’innovation. Pour les structures de l’économie classique, l’innovation est un moteur de profit car elle permet le captage de rentes temporaires. Et cette innovation peut être radicale, d’où l’importance managériale de la conduite du changement. Pour les structures de l’économie solidaire, l’innovation est la traduction immédiate d’un mobile politique. Elle porte généralement sur des objets sociaux (innovation sociale). Mais sa mise en oeuvre est rendue plus difficile par des pratiques managériales d’ordre démocratique. Elle prend donc la forme d’innovations incrémentales ou “secondaires”.
L’innovation dans l’économie solidaire émergerait à la frontière entre différentes catégories : à la frontière entre le marchand et le non marchand (l’acteur public gérant des objectifs de marché, et l’acteur privé abusant des ressources publiques), à la frontière entre producteur et consommateur (avec l’émergence de mode de production “raisonnés” et de modes de consommation “militants”). Le modèle de développement des structures d’économie solidaire serait basé sur la multiplication des structures (développement en rhizomes) plutôt que par grossissement par investissement fondé sur des économies d’échelle.
Cette dernière idée suggère que l’application sur le champ de l’économie solidaire des techniques classiques de financement par capital risque ne serait pas pertinente. Pourtant, ces tentatives se multiplient (voir aussi ceci).

Le capital risque au service du développement durable et de l’innovation sociale

Tuesday, January 6th, 2004

Le Club Professionnel Entrepreneuriat Social de l’ESSEC a organisé une conférence sur le thème du “capital-risque au service du développement durable et de l’innovation sociale”. On y cite la société de capital risque “Afrique Initiatives” de Michel Rocard, la “Société d’Investissement France Active” d’Edmond Maire et l’association à but non lucratif américaine Ashoka. Ces organismes s’inspirent du fonctionnement des sociétés de capital risque “classiques” mais financent des projets de création d’entreprise, en général qui permettent de :

donner priorité aux plus démunis, pour autant qu’ils aient un projet simple, modeste, mais qui tienne la route à terme et soit viable économiquement

Ecologies industrielles

Tuesday, December 30th, 2003

Encore une belle idée rapportée par worldchanging.com : le concept d’”écologies industrielles”. L’idée consiste à modéliser la complexité des flux de matière entre installations industrielles à la manière dont on modélise une chaîne alimentaire ou un système écologique “classique”. Plus encore que modéliser, ce concept permettrait de concevoir des systèmes de relations entre industries qui minimiseraient leur impact sur l’environnement au sens large. Un exemple célèbre d’un tel système conçu intentionnellement concerne le parc industriel de Kalundborg, au Danemark. L’histoire raconte que les usines de ce parc industriel ont établi des formes de symbiose : ce que rejettent les unes est consommé par les autres. La consommation en eau et en énergie ainsi que la quantité de polluants émis par ces usines auraient ainsi grandement diminué. L’histoire précise également que le facteur clef du succès d’un tel système réside dans la qualité des relations entre les ingénieurs actifs dans ce parc : transparence et ouverture seraient leur credo.

The World(changing) Bank?

Sunday, December 28th, 2003

worldchanging.com rapporte que la Banque Mondiale dédie un programme spécifique, “The Development Marketplace”, au financement de “petits” projets innovants pour le développement des pays du Tiers Monde.

Webisons le développement durable

Monday, December 22nd, 2003

01 Informatique note que seuls 10% des entreprises du CAC40 publient sur Internet une véritable information sur leur responsabilité sociale et environnementale. A quoi ça sert que Ducros se décarcasse à faire du reporting NRE détaillé en interne si ce n’est pas pour maximiser la transparence de l’entreprise en en publiant les résultats sur le site institutionnel de l’entreprise ?